Quand une médaille devient une faveur : le système d'honneurs français sous examen

La police enquête pour savoir si l'accès à la Légion d'honneur et à l'Ordre national du Mérite a été influencé par l'argent, des dîners et des relations personnelles.

When a medal becomes a favour: France’s honours system under scrutiny

La France aime présenter ses distinctions honorifiques comme la forme la plus pure de reconnaissance d'une république : solennelle, sanctionnée par l'État, au-dessus du monde sordide des arrangements. Cette image semble désormais un peu moins reluisante. La police enquête pour savoir si les nominations à la Légion d'honneur et à l'Ordre national du Mérite ont été influencées par de l'argent, des faveurs et des accès, l'ancien Grand Chancelier Benoît Puga étant impliqué dans l'enquête.

Puga, l'un des plus hauts généraux français, a été interrogé le 22 septembre et libéré le soir suivant, selon les médias français. Il a dirigé l'organisme responsable de la Légion d'honneur de 2016 à 2023, et avant cela, il a été chef d'état-major du président au Palais de l'Élysée sous Nicolas Sarkozy et François Hollande. L'affaire est traitée par l'Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales, qui examine les allégations de corruption, de trafic d'influence et de conflit d'intérêts illégal.

Au centre de l'enquête se trouve le défunt sénateur républicain Jean-Pierre Bansard, décédé en 2024. Une enquête de Mediapart avait déjà soulevé des soupçons selon lesquels il aurait utilisé sa fortune pour obtenir des distinctions pour son entourage. Pendant son mandat au Sénat, trois de ses enfants et au moins neuf autres associés ont reçu soit la Légion d'honneur, soit l'Ordre national du Mérite. Selon l'enquête, Bansard entretenait une relation étroite avec Puga, qui présidait le conseil d'examen des candidatures aux distinctions soumises par les ministres. L'approbation finale, comme toujours, revenait au président.

Les allégations ne sont pas subtiles. Mediapart a rapporté que Bansard invitait Puga à des dîners coûteux, l'hébergeait en vacances dans l'une de ses propriétés en Corse et offrait des opportunités d'affaires au fils de Puga. Une source judiciaire a déclaré à l'AFP que l'enquête vise à déterminer si, et dans quelles conditions, Puga est intervenu entre 2016 et 2023 pour aider des personnes du cercle familial ou professionnel de Bansard à recevoir des décorations. Puga nie tout acte répréhensible, tout comme Bansard avant sa mort.

Des perquisitions ont été effectuées aux domiciles des deux hommes, ainsi qu'aux bureaux professionnels et politiques de Bansard. La police a également interrogé l'épouse de Puga, un restaurateur, un ancien membre de la Grande Chancellerie et l'homme d'affaires Julien Renault, qui a fondé la Fondation pour la Légion d'honneur en 2019. Cette fondation était destinée à aider les chefs d'entreprise à financer les travaux de rénovation de la Grande Chancellerie, située dans un hôtel particulier du XIXe siècle au centre de Paris. Mediapart s'est demandé si elle n'aurait pas également pu servir de canal d'influence. En juillet, Renault a été cité par l'homme d'affaires russe Aleksandr Voinovskii comme l'une des figures puissantes en France qui, en 2021, aurait proposé des transferts d'argent de 50 000 € à 150 000 € en échange d'une décoration ou d'un permis de séjour français. Renault a nié avoir jamais promis de distinctions.

L'affaire est délicate non pas parce qu'elle implique une institution rare, mais parce que ce n'est pas le cas. Plus de 380 000 personnes ont reçu la Légion d'honneur depuis sa création, et environ 79 000 la détiennent encore. Cette ampleur fait partie du problème : un système conçu pour récompenser le mérite repose sur la conviction que le mérite compte plus que l'accès. Si cette conviction s'érode, les médailles demeurent, mais le prestige s'envole. Seul le président peut les révoquer, et la liste des personnes déchues de leurs honneurs comprend Bachar al-Assad, Vladimir Poutine, Harvey Weinstein et Nicolas Sarkozy. La France n'a pas aboli l'ancien rituel de l'honneur. Elle découvre simplement, une fois de plus, à quel point cela peut devenir coûteux lorsque le rituel commence à paraître négociable.

Écrit par Christiane Hofreiter christiane.hofreiter@alpineweekly.com