La dernière réponse de Berne à la fatigue démocratique : un centre d'accueil de 44 millions de francs

Farah Rumy veut que le Parlement investisse massivement dans l'accès, l'éducation et une salle qui imite la chambre elle-même — car apparemment le Palais fédéral n'est pas encore assez fréquenté.

Bern’s latest answer to democratic fatigue: a 44 million franc visitor centre

Le Palais fédéral est déjà l'un des aimants les plus fiables de Berne. Le Parlement examine maintenant s'il faut construire un deuxième aimant juste à côté, cette fois avec une leçon d'éducation civique. Le Conseil national doit prendre une décision initiale concernant un nouveau centre d'information et d'accueil, promu par la conseillère nationale PS soleuroise Farah Rumy comme un moyen de renforcer la démocratie et de rendre le Parlement plus accessible.

L'argument est assez simple, ce qui est souvent un signe avant-coureur en politique. Environ 100 000 personnes visitent le Palais fédéral chaque année, beaucoup d'entre elles des classes scolaires et de grands groupes, et pendant les périodes de session, certains visiteurs sont carrément refoulés. Le centre prévu, en face du Palais fédéral, est destiné à alléger cette pression tout en offrant aux gens un lieu pour apprendre comment fonctionne la démocratie suisse et comment les décisions parlementaires sont prises.

Rumy affirme que le projet ne vise pas seulement à gérer les foules. Selon elle, il devrait aider les personnes de tout âge et de tout horizon à s'informer directement, à mieux comprendre les décisions politiques et à transmettre l'héritage démocratique à la prochaine génération. Le centre comprendrait également une salle avec un parlement reconstitué, où les visiteurs pourraient suivre des débats et même organiser les leurs. L'idée est d'encourager la participation politique, ce qui, dans la politique suisse, est généralement considéré comme une vertu jusqu'à ce que quelqu'un envoie la facture.

Et la facture est conséquente. Le projet coûte 44 millions de francs, dont 19,6 millions pour le loyer et 24,6 millions pour les aménagements locatifs. Cette somme couvre les coûts de rénovation, de conversion et d'exposition. Le bail est prévu pour douze ans et peut être prolongé deux fois, ce n'est donc pas un geste fugace d'enthousiasme civique mais un engagement à long terme avec un coût très conséquent.

Les partisans estiment que l'argent est justifié car le centre servirait à l'éducation politique, améliorerait l'accès au Parlement et favoriserait le dialogue entre le public et les représentants élus. Rumy affirme que le Parlement devrait faire quelque chose pour la population ici, et elle dit qu'elle essaie de parler avec les opposants politiques sur les questions qui lui tiennent à cœur. Certains collègues voient le centre comme une opportunité unique; d'autres restent critiques. L'UDC s'oppose principalement au coût, ce qui n'est guère une position exotique lorsqu'il s'agit de dépenses publiques.

Rumy inscrit également le projet dans un cadre plus large. Elle affirme que la démocratie est sous pression internationale et que les politiciens élus ont le devoir de renforcer la résilience démocratique de la Suisse face aux influences antidémocratiques. Elle ne décrit pas la démocratie comme étant en crise partout, mais elle pense que la pression est suffisamment réelle pour justifier une action. Savoir si un centre d'accueil peut accomplir cette tâche est une autre question. Le Parlement peut construire une salle. Faire en sorte que les gens se soucient de ce qui s'y passe est la partie la plus difficile.

Le centre est conçu pour accueillir jusqu'à 300 000 personnes par an, un chiffre qui traduit bien l'ambition ici : non pas une modeste annexe éducative, mais une tentative sérieuse de transformer la proximité du pouvoir en une expérience publique. Dans un pays où le taux de participation électorale diminue déjà, cela peut sembler judicieux. Cela peut aussi ressembler au genre de chose qui a meilleure allure sur un document de comité que sous la froide lumière d'un débat budgétaire. Néanmoins, le Palais fédéral a sa propre logique. Si les gens font déjà la queue pour entrer, le Parlement pourrait tout aussi bien décider de leur enseigner quelque chose pendant qu'ils attendent.

Écrit par Christiane Hofreiter christiane.hofreiter@alpineweekly.com