
La peur des risques naturels paralyse les Alpes
Alors que le procès de Bondo s'achève, les municipalités suisses risquent de troquer la responsabilité personnelle contre l'auto-préservation bureaucratique.

Dans l'imaginaire suisse, la nature est un jardin bien entretenu où même les sommets des montagnes devraient être assortis d'une clause de non-responsabilité. Neuf ans après la mort de huit personnes dans la catastrophe de l'éboulement de Bondo, la saga judiciaire touche enfin à sa fin. Alors que le verdict du tribunal est attendu le 4 septembre, une anxiété familière s'est installée dans les bureaux municipaux de tout le pays. Les fonctionnaires locaux, terrifiés à l'idée de se retrouver eux-mêmes sur le banc des accusés, sont désormais tentés de simplement verrouiller les portes des Alpes.
La perspective de fermetures générales de sentiers par pure panique juridique n'est plus un scénario hypothétique. Michael Roschi, directeur général de l'organisation faîtière Sentiers Suisse (Schweizer Wanderwege), a exprimé une inquiétude croissante face à cette surréglementation réflexe. Au lendemain de la tragédie, son organisation s'est associée à l'Office fédéral des routes pour créer un guide spécialisé de prévention des dangers à l'intention des municipalités. L'objectif était de fournir une clarté technique plutôt que de pousser les autorités locales paniquées à imposer de la bureaucratie sur les cols de montagne.
Pourtant, l'impulsion d'isoler les institutions bureaucratiques de toute faute potentielle reste forte. Dans un pays prospère qui se targue d'ordre et d'infrastructures impeccables, les dangers naturels rappellent inconfortablement les limites humaines. Les changements climatiques augmentent déjà la fréquence des perturbations environnementales soudaines, des chutes de neige massives dans le Valais au printemps de 2025 qui ont abattu des pans entiers de forêt aux éboulements imprévisibles sur les routes de haute altitude.
La loi exige que les sentiers de randonnée soient aussi sûrs que raisonnablement possible, mais cette norme change radicalement en fonction du terrain. Alors que les itinéraires balisés en jaune garantissent des chemins entièrement sécurisés adaptés aux marcheurs occasionnels, les sentiers de montagne balisés rouge-blanc et les itinéraires de haute altitude exigent un pied sûr, un équipement approprié et une acceptation du risque intrinsèque. Comme l'a souligné Roschi, les fermetures temporaires ciblées en cas de danger clair et imminent sont essentielles, mais fermer de vastes étendues du pays préventivement par peur des juges est une voie totalement erronée.
En fin de compte, tenter d'éliminer tous les dangers imaginables des montagnes est un exercice de lâcheté administrative. Un sentier ouvert ne peut offrir une garantie à toute épreuve contre les lois de la géologie. Les randonneurs doivent conserver leur propre jugement et maintenir un plan de secours lorsque le temps ou le terrain devient hostile. Si les maires locaux réagissent à Bondo en couvrant les Alpes de panneaux d'avertissement et de barricades, la Suisse aura troqué le principe fondamental de la responsabilité personnelle contre l'illusion d'une immunité juridique totale.
Écrit par Martina Kirchner martina.kirchner@alpineweekly.com
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