
Billet pour le Chaos : Quand l'efficacité ferroviaire rencontre les ultras du football
La décision des CFF de supprimer les trains spéciaux pour supporters contraint à la reprogrammation des matchs et pousse les supporters indisciplinés dans les wagons réguliers.

Il faut un optimisme administratif particulier pour croire que la suppression des trains de supporters dédiés incitera les fans de football à se faufiler discrètement dans les wagons de passagers réguliers aux côtés des excursionnistes du week-end. Pourtant, cela semble être le calcul précis fait par les Chemins de fer fédéraux suisses.
Les conséquences concrètes de ce retrait opérationnel se sont manifestées ce week-end. Les CFF ayant supprimé les trains spéciaux hors horaire en raison de travaux, de goulots d'étranglement du réseau et de coûts élevés, les supporters ont été contraints d'emprunter les trains standard. En route pour Sitten pour le match contre le FC Sion, plusieurs centaines de supporters du FC Zürich ont transformé la gare centrale de Berne en un hall enfumé. La police cantonale a dû évacuer deux étages de la gare après l'allumage de fumigènes, ne laissant aucun dommage structurel mais des détritus considérables et des navetteurs secoués.
Le match lui-même a vu son coup d'envoi unilatéralement avancé de 20h30 à 18h00 par les autorités valaisannes, la veille seulement, afin de permettre aux fans visiteurs de rentrer chez eux avec les services réguliers du soir. Le FC Sion a exprimé son irritation face à ce changement soudain, notant que les ajustements d'horaire étaient en discussion depuis des semaines sans résolution officielle. Les fans du FC Zürich ont passé le voyage à distribuer des dépliants conseillant aux passagers agacés de diriger leurs plaintes directement au siège des CFF – une tactique déjà employée par les supporters du Grasshopper Club.
Cette friction témoigne d'une rupture croissante entre les autorités sportives et l'opérateur ferroviaire fédéral. La Ligue suisse de football a déjà été contrainte de modifier les horaires de coup d'envoi de plusieurs matchs du samedi jusqu'à Noël, y compris des matchs impliquant Lugano, Young Boys et Lucerne. Le représentant de la SFL, Philippe Guggisberg, a admis que la ligue avait du mal à comprendre la décision, arguant que le modèle a fait ses preuves depuis des décennies. Bien que la ligue cofinance les services spéciaux, elle insiste sur le fait qu'elle ne peut pas couvrir les coûts supplémentaires, avertissant que mélanger les supporters aux transports réguliers engendre inévitablement le désordre.
Les CFF ne montrent aucune intention de reculer. Moritz Weisskopf, représentant des chemins de fer, a déclaré que nous continuons à maintenir les trains de supporters, mais a noté que puisque la ligue a réussi à ajuster son calendrier des matchs, les services supplémentaires hors horaire ne sont pas nécessaires. C'est une impasse administrative par excellence : le chemin de fer protège son budget, la ligue réécrit ses matchs, la police dégage les gares, et les voyageurs ordinaires supportent le fardeau de l'agitation.
Écrit par Thomas Nussbaumer
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