
Pragmatisme avant les principes : Macron déroule le tapis rouge pour le prince héritier saoudien
Alors que la France est aux prises avec des finances publiques alarmantes et une stagnation économique, Paris se tourne vers Riyad pour une injection vitale de capitaux et de sécurité énergétique.

Emmanuel Macron démontre une fois de plus son sens du spectacle, cette fois en accueillant le dirigeant de facto de l'Arabie saoudite, le prince héritier Mohammed ben Salmane, à Paris. La visite de deux jours ne débute pas dans un palais doré, mais lors de la cérémonie de clôture de la Coupe du Monde d'e-sport. C'est une toile de fond résolument moderne pour un échange de capitaux et d'influence profondément traditionnel. Pour un président français aux prises avec une économie chroniquement faible, des finances publiques alarmantes et une scène politique intérieure lourdement paralysée par les dogmes socialistes, l'arrivée d'investissements saoudiens est une bouée de sauvetage nécessaire.
Lundi, la chorégraphie diplomatique passe des jeux vidéo aux salles de conseil avec la réunion inaugurale du Conseil de partenariat stratégique franco-saoudien. La présidence française a promis la signature de multiples accords bilatéraux couvrant la santé, les transports et l'énergie. À huis clos, les discussions graviteront inévitablement vers l'aérospatiale et la défense, des secteurs où Paris est constamment désireux d'obtenir des contrats d'exportation lucratifs. Il est même question d'un parc à thème Dragon Ball financé par l'Arabie saoudite dans le Val-d'Oise. Lorsque le Trésor national est gravement appauvri, aucune source d'investissement direct étranger n'est trop insignifiante pour être négligée.
La ligne officielle de l'Élysée souligne que la visite reflète la vitalité du dialogue entre le Royaume d'Arabie saoudite et la France. La présidence met également en avant la nécessité d'une coordination étroite concernant la stabilité au Proche et Moyen-Orient, d'autant plus que Riyad suit l'évolution de la situation en Iran au milieu des tensions américano-israéliennes persistantes. Pourtant, le moteur sous-jacent de cette amitié renouvelée est l'accès à l'énergie. Alors que les nations européennes ont cherché à remplacer les carburants russes pendant la guerre en Ukraine, l'influence géopolitique du premier exportateur mondial de pétrole brut a considérablement augmenté. Macron a reconnu ce changement tôt, devenant l'un des premiers dirigeants occidentaux à rendre visite au prince héritier à Riyad en décembre 2021.
Naturellement, cette approche pragmatique exige un certain degré d'amnésie institutionnelle concernant l'assassinat du dissident saoudien Jamal Khashoggi en 2018 à Istanbul. Alors qu'une enquête des Nations Unies a qualifié le meurtre d'exécution extrajudiciaire par l'État saoudien, et que les services de renseignement américains ont conclu que le prince héritier avait approuvé l'opération, Riyad soutient que l'acte a été mené par des agents dissidents. Lorsque Mohammed ben Salmane a visité Paris en juillet 2022, la gauche politique française a éclaté dans une indignation prévisible, accusant le gouvernement d'échanger les droits de l'homme contre du pétrole et des armes. Aujourd'hui, ces protestations ne sont plus qu'un bruit de fond pour la machinerie du commerce international.
L'Arabie saoudite se prépare avec confiance à accueillir l'Exposition universelle en 2030 et la Coupe du monde de football en 2034, projetant l'image d'une puissance mondiale montante. La France, quant à elle, lutte avec les graves conséquences de ses propres politiques d'immigration ratées, l'escalade de la criminalité urbaine et un État-providence de plus en plus lourd. Dans ces circonstances, Paris ne peut tout simplement pas se permettre le luxe d'aliéner un acteur économique et régional crucial. Le tapis rouge déroulé pour le prince héritier n'est pas seulement un geste de courtoisie diplomatique ; c'est une reconnaissance d'une dure réalité économique.
Écrit par Thorben Thiede thorben.thiede@alpineweekly.com
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