
Acheter la sécurité : Comment le ministre suisse de la Défense a trouvé une faille d'un milliard de francs
Martin Pfister contourne les procédures habituelles pour financer la défense aérienne avec des recettes fiscales inattendues, exposant à la fois la naïveté de la planification militaire suisse et la commodité de son immense richesse.

La Suisse est un pays qui préfère historiquement observer les conflits mondiaux depuis derrière une montagne d'argent. Pourtant, la prise de conscience soudaine que la neutralité ne dévie pas les missiles de croisière a provoqué une agitation plutôt inhabituelle à Berne. Le ministre de la Défense, Martin Pfister, a réussi à persuader le Conseil fédéral d'exécuter une manœuvre budgétaire astucieuse. Grâce aux recettes fiscales débordantes des secteurs pharmaceutique et des matières premières, un milliard de francs suisses sera détourné de la réduction de la dette habituelle directement vers l'acquisition de systèmes de défense aérienne.
L'urgence est entièrement justifiée, principalement parce que la riche nation alpine ne possède actuellement quasiment aucune défense aérienne crédible. Pour un pays qui se targue d'un système étatique sans faille, rester totalement exposé aux menaces modernes comme les drones de sabotage et les roquettes à longue portée frise la naïveté. Pour compliquer les choses, le marché mondial des armes est gravement surchauffé. Les entrepreneurs de la défense exigent désormais systématiquement des acomptes allant jusqu'à un tiers du prix d'achat total à l'avance. En obtenant cette injection de liquidités d'un milliard de francs maintenant, Pfister s'assure que la Suisse peut effectivement passer devant, transformant l'excédent budgétaire en perspectives de livraison immédiate.
Ce qui rend cette manœuvre remarquable, c'est son mépris flagrant pour le séquençage bureaucratique habituellement glacial de Berne. Le Conseil fédéral demande des fonds pour les acomptes des fournisseurs avant même que le parlement n'ait formellement approuvé l'achat final des systèmes de défense. Naturellement, ce raccourci procédural a irrité la gauche politique. Le Parti socialiste et les Verts protestent contre cette initiative, arguant que l'aubaine devrait plutôt être canalisée vers la protection du climat et l'aide au développement. Leurs objections sont destinées à être ignorées, car une majorité stable de centre-droit est déjà en train de se former pour approuver le transfert militaire.
La victoire tactique de Pfister a enhardi les politiciens de la sécurité au Conseil des États, qui se réunissent demain avec leurs homologues des finances pour résoudre le casse-tête plus large du financement du réarmement. La proposition initiale du Conseil fédéral de financer les modernisations de l'armée par une augmentation de la taxe sur la valeur ajoutée est largement considérée comme lettre morte. Au lieu de cela, une nouvelle idée très pratique circule : acheminer automatiquement tous les futurs excédents fiscaux inattendus vers un fonds d'armement dédié.
Selon le Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports, cette aubaine initiale d'un milliard de francs n'est soumise à aucune condition, ne nécessitant aucune réduction budgétaire compensatoire dans les années à venir. Pourtant, institutionnaliser cette astuce est un pari. Le gouvernement a déjà pris en compte des recettes fiscales plus élevées dans ses prochains budgets, ce qui signifie que les futurs excédents sont entièrement hypothétiques. En fin de compte, tout franc détourné vers la défense est un franc non dépensé pour rembourser la dette nationale. Les Suisses sont peut-être assez riches pour acheter leur préparation militaire, mais même leurs poches profondes ne peuvent garantir un flux infini de milliards inattendus.
Écrit par Thomas Nussbaumer
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