
La dure réalité : le discours commercial ferme du Canada face à l'influence américaine
Confronté à des tarifs dévastateurs, Ottawa cherche un compromis de commerce administré tandis que les dirigeants provinciaux se querellent sur la vente d'alcool.

L'horloge de minuit à Washington tourne, et le théâtre politique du commerce nord-américain atteint son climax prévisible. Le ministre canadien du Commerce, Dominic LeBlanc, est sorti d'une séance marathon de huit heures avec le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, vendredi soir, offrant à la presse une évaluation sombre : les négociateurs ont encore du travail à faire. De l'autre côté de la ville, le président américain Donald Trump a offert une mise à jour typiquement désinvolte, notant que l'accord est en bonne voie.
Derrière les portes closes, les contours de cet accord imminent ressemblent moins à un triomphe du libre-échange qu'à un exercice de limitation des dégâts pour Ottawa. Le cadre divulgué suggère que Washington est prêt à réduire de moitié ses tarifs punitifs sur l'acier et l'aluminium canadiens à 25 %, tout en abaissant les droits sur les automobiles de 25 % à 15 %. En échange, le Canada devrait démanteler ses mesures de rétorsion, ouvrir son marché laitier protégé aux producteurs américains et remettre l'alcool américain sur les étagères des magasins d'alcool provinciaux.
Pour le Premier ministre Mark Carney, l'arithmétique politique est brutale. Il a fait campagne sur une approche musclée du commerce, promettant une position agressive face à l'administration Trump. Un sondage de Leger indique que 56 % du public canadien exige ce genre de posture intransigeante. Pourtant, la réalité économique est implacable. Un échec à obtenir un accord risque de déclencher une nouvelle vague de tarifs de 50 % sur un vaste éventail d'exportations canadiennes, menaçant environ 90 000 emplois à travers le pays, selon l'économiste Trevor Tombe, basé à Calgary. Face aux droits de douane sur tout, du ciment à l'équipement de hockey, le discours ferme d'Ottawa s'est discrètement transformé en une course aux négociations.
Le recul n'est pas passé inaperçu. Dans un enregistrement audio divulgué d'une collecte de fonds privée, le vice-président américain JD Vance s'est moqué des tentatives de Carney de se montrer plus dur que l'administration américaine, notant que la direction canadienne avait fondamentalement cédé sur plusieurs fronts tout en essayant de présenter le résultat comme une victoire.
Ce discours de vente interne se heurte déjà à de forts vents contraires. Le chef de l'opposition conservatrice, Pierre Poilievre, a qualifié d'inacceptable tout arrangement laissant l'industrie canadienne soumise à des tarifs unilatéraux, mettant en garde contre une désindustrialisation généralisée. Pendant ce temps, la structure même de la fédération canadienne complique le sprint final. Carney a besoin de la coopération des premiers ministres provinciaux pour mettre en œuvre les concessions sur les ventes d'alcool américain. Alors que le Yukon et la Nouvelle-Écosse sont prêts à se conformer, le Premier ministre du Manitoba, Wab Kinew, exhorte le gouvernement fédéral à retenir les concessions. Au Québec, la Première ministre Christine Fréchette calcule le coût politique pour les producteurs laitiers de sa province avant de s'engager dans tout changement de politique concernant l'alcool. Le Premier ministre de l'Ontario, Doug Ford, reste ostensiblement silencieux, même si un maire local dans l'un des principaux centres de production d'acier de la province prévient qu'un tarif de 25 % n'est guère une raison de célébration.
Écrit par Freya Stensrud
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