
Paris lorgne l'épargne des citoyens pour masquer sa montagne de dettes
Une proposition parlementaire d'obligations souveraines exonérées d'impôts expose le désespoir fiscal d'un État piégé par sa propre addiction aux dépenses.

Lorsqu'un gouvernement épuise les voies traditionnelles de dépenses inconsidérées, il se tourne inévitablement vers les comptes bancaires privés de sa propre population. La France, une nation dont l'appétit du secteur public a longtemps éclipsé la réalité économique, offre un cours magistral de désespoir fiscal. Face à la flambée des coûts d'emprunt et à une montagne alarmante de dette nationale, les parlementaires parisiens ont trouvé un nouveau mécanisme pour maintenir le Trésor à flot : demander aux citoyens ordinaires de financer la prodigalité de l'État.
Lors des récentes délibérations budgétaires, l'Assemblée nationale a soutenu une proposition introduite par le groupe parlementaire transpartisan LIOT par un vote de 23 contre 16. L'initiative prévoit d'émettre une obligation d'État de 50 milliards d'euros, conçue exclusivement pour les citoyens français. Pour rendre ce titre attractif pour les épargnants nationaux, les législateurs ont proposé un taux d'intérêt de 3,5 %, entièrement exonéré d'impôts.
Sur le papier, un rendement de 3,5 % semble modeste par rapport aux obligations souveraines françaises à dix ans standard, qui se négocient actuellement près de cinq pour cent sur les marchés internationaux – le niveau le plus élevé enregistré depuis 2002. Pourtant, le gouvernement parisien a rapidement jeté un froid sur la créativité de l'assemblée. Le ministre délégué aux Comptes publics, David Amiel, a rejeté le dispositif, observant que des conditions financières avantageuses pour les investisseurs individuels pénalisent au final les finances publiques. Compte tenu de l'opposition ferme de l'exécutif et des obstacles législatifs restants, l'obligation citoyenne défiscalisée est vouée à l'échec.
Le théâtre législatif souligne néanmoins la grave réalité des finances publiques françaises. La France porte actuellement 3,6 mille milliards d'euros de dette nationale, ce qui en fait l'État souverain le plus endetté de l'Union européenne en valeur absolue. Selon les projections officielles du gouvernement, le ratio dette/PIB du pays atteindra 119,3 pour cent cette année – son niveau le plus élevé depuis 1978 – avant de s'étendre davantage à 121,7 pour cent d'ici 2027. Alors que d'autres « pécheurs fiscaux » comme la Grèce réduisent progressivement leur charge de dette, la France reste fermement engagée sur la trajectoire inverse.
Plutôt que de s'attaquer aux causes profondes de son malaise économique, la classe politique se contente de tours de passe-passe financiers. Les taux d'intérêt élevés imposent déjà une lourde charge au budget annuel, aggravant le problème de la dette nationale. Pressurer l'épargne intérieure ne peut remplacer une réforme structurelle, aussi tentante qu'une exonération fiscale puisse paraître sur un bulletin de vote parlementaire.
Écrit par Thomas Nussbaumer thomas.nussbaumer@alpineweekly.com
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