Le mirage de l'IA à Bruxelles : de grandes ambitions avec un budget limité

La Commission européenne promet la souveraineté technologique avec sept nouvelles gigafactories, mais la machine bureaucratique peine déjà à en supporter le coût.

Brussels' AI Mirage: Grand Ambitions on a Shoestring Budget

Bruxelles a décidé de conquérir le secteur de l'intelligence artificielle. La Commission européenne a récemment lancé un appel d'offres pour la construction de jusqu'à sept gigafactories d'IA, promettant des installations de supercalcul pour entraîner des modèles avancés. La rhétorique officielle évoque la souveraineté numérique et le rattrapage des concurrents américains et chinois. La construction est prévue pour début 2027, avec des opérations débutant mi-2028. En apprentissage automatique, une date de lancement en 2028 représente une ère géologique différente, mais la machinerie de l'UE opère selon son propre calendrier lent, sans rendre de comptes aux forces du marché qu'elle tente de réguler.

La Présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, avait évoqué cette vision lors d'un sommet à Paris en février 2025, comparant l'initiative au CERN. La réalité a rapidement démoli la grandeur initiale. Un projet initialement prévu pour recevoir 20 milliards d'euros du budget de l'UE a été drastiquement réduit. Bruxelles ne contribuera désormais théoriquement qu'à hauteur de 5 milliards d'euros, s'attendant à ce que les gouvernements nationaux fassent de même, tandis que les investisseurs privés devront produire les 20 milliards d'euros restants.

Même cet engagement réduit est largement fictif. La Commission ne dispose actuellement que d'un milliard d'euros pour soutenir ses grandes promesses. Le reste dépend du prochain Cadre Financier Pluriannuel, un processus de négociation alambiqué conçu pour alimenter une bureaucratie qui travaille principalement pour elle-même. Un haut fonctionnaire de la Commission a admis qu'ils ne pouvaient pas anticiper les décisions budgétaires, offrant seulement des estimations de financements futurs pour la deuxième phase de l'approvisionnement.

Malgré les illusions financières, 76 consortiums et dix États membres ont manifesté leur intérêt. La liste des hôtes potentiels comprend l'Allemagne, l'Italie, la Pologne, la Tchéquie, le Danemark, la Finlande, la Grèce, le Portugal et l'Espagne. Des consortiums nationaux et multinationaux sont possibles dans le cadre actuel. La France, quant à elle, a déjà signalé son intention de poursuivre seule un projet de gigafactory.

La contradiction flagrante dans cette quête de souveraineté technologique est le matériel. L'UE reste entièrement dépendante de l'expertise étrangère pour les puces hautement spécialisées nécessaires au traitement de milliers de milliards de points de données. En conséquence, la Commission a déjà signé des protocoles d'accord avec les fabricants de puces américains Nvidia, AMD et Qualcomm. Un haut fonctionnaire de l'UE a fait remarquer que si l'objectif est une capacité européenne, l'IA doit être développée immédiatement, nécessitant un compromis pragmatique.

En échange de leur contribution financière minime, l'UE et les États membres participants revendiqueront du temps de calcul pour des projets publics. Les opérateurs privés, cependant, sont censés prendre en charge les immenses coûts d'exploitation et rendre les installations commercialement viables. En fin de compte, cette initiative de gigafactory porte les marques familières de la Bruxelles moderne. Elle fonctionne comme un exercice de planification centralisée sous-légitimé qui étend l'appareil administratif tout en laissant l'Europe structurellement dépendante des fournisseurs étrangers.

Écrit par Christiane Hofreiter christiane.hofreiter@alpineweekly.com