Le Pays du Feu et du Judo : Au Cœur des Championnats du Monde de Bakou
La passion d'une nation pour le sport, une victoire à domicile spectaculaire, et les personnalités qui façonnent l'avenir mondial du judo — un regard au-delà du tatami en Azerbaïdjan.
L'Arena Nationale de Gymnastique de Bakou n'est pas un lieu typique pour le judo. C'est une structure vaste et moderne construite pour le spectacle, et dimanche soir, elle était pleine à craquer. Quand Ahmad Yusifov est monté sur le tatami pour la finale des -60kg masculins, le bruit était assourdissant — un mur de son d'une foule locale qui attendait ce moment depuis les derniers Championnats du Monde organisés ici en 2018.
Yusifov, un favori local, n'était même pas l'Azerbaïdjanais le mieux classé de sa catégorie. Cette distinction revenait au numéro un mondial Balabay Aghayev, qui a fait une sortie prématurée inattendue. Mais Yusifov a saisi sa chance à deux mains. Il a éliminé le Russe Ayub Bliev en quart de finale et le médaillé d'argent olympique Yung Wei Yang en demi-finale pour atteindre le combat pour la médaille d'or. Là, face au Kazakh Sherzod Davlatov, il s'est retrouvé mené d'un waza-ari alors que le temps s'écoulait. Ce qui a suivi fut un retournement de situation qui sera rejoué en Azerbaïdjan pendant des années : un waza-ari décisif de sa part, suivi de dix secondes d'osaekomi qui ont complété le renversement et mis l'arène en délire.
Il est devenu le premier champion du monde azerbaïdjanais des moins de 60 kg et seulement le quatrième homme azerbaïdjanais à remporter un titre mondial individuel senior.
Mais ce championnat ne concerne pas seulement les athlètes. Il s'agit d'un pays qui a massivement investi dans le judo, et des figures clés qui ont rendu cela possible. Le président Ilham Aliyev, dont la présence à la cérémonie d'ouverture a été largement couverte par les médias d'État, a été le moteur des ambitions sportives de l'Azerbaïdjan. Le président de la Fédération Azerbaïdjanaise de Judo, Rashad Nabiyev, a déclaré lors de la cérémonie d'ouverture que le judo n'est « pas seulement un combat sur le tatami, c'est une philosophie de respect, de discipline, de courage et d'amitié. » Et le président de la FIJ, Marius Vizer, réélu pour un sixième mandat en 2025, a supervisé l'expansion de la fédération sur de nouveaux marchés tout en maintenant ses bastions traditionnels.
Pourtant, derrière le faste, il y a une tension. La programmation de ces Championnats du Monde a causé d'importantes perturbations. La FIJ a brusquement modifié les dates de la mi-juillet à octobre, plaçant le tournoi directement après les Jeux Asiatiques d'Aichi-Nagoya, qui se sont achevés le 3 octobre. Les responsables du judo japonais ont exprimé leur frustration que des athlètes de premier plan comme Hifumi et Uta Abe aient été contraints de choisir entre les Jeux Asiatiques et les Championnats du Monde. « C'est clair que l'Union Asiatique de Judo est méprisée », a déclaré un responsable de la fédération japonaise à Tokyo Sports.
Le conflit de calendrier rappelle que le judo, comme tous les sports olympiques, navigue dans un paysage complexe d'intérêts divergents. Les Championnats du Monde offrent des points de classement cruciaux pour les Jeux Olympiques de Los Angeles 2028, mais les Jeux Asiatiques sont une vitrine continentale avec leur propre prestige. Pour les petites nations, le choix est encore plus difficile.
L'épreuve par équipes mixtes, qui clôture les championnats le 11 octobre, sera un autre test. La Géorgie revient en tant que championne en titre, et la compétition par équipes est devenue l'un des jours les plus attendus du calendrier du judo. C'est un format qui récompense la profondeur et l'unité — des valeurs que la FIJ a tenu à promouvoir à mesure que le sport étend son empreinte mondiale.
Alors que la semaine avance, l'attention se déplacera des exploits de Yusifov vers les autres catégories. Clarisse Agbegnenou, la septuple championne du monde et jeune maman, est de retour sur le tatami en -63kg, à la poursuite d'un autre titre. Les frères et sœurs Abe, Hifumi et Uta, ont déjà décroché l'or le deuxième jour, Uta prolongeant son record d'invincibilité aux Championnats du Monde à six titres.
Mais pour Bakou, l'image marquante de ce tournoi restera peut-être Yusifov à genoux, les bras levés, la foule debout. C'est un rappel que les championnats du monde ne sont pas seulement une question de médailles. Il s'agit de moments — et de nations qui utilisent le sport pour se faire connaître au monde.
Écrit par Martina Kirchner martina.kirchner@alpineweekly.com