
Calculs erronés pour des milliards de francs de rails : la grande vision du transport suisse
L'Office fédéral d'audit critique sévèrement le plan d'infrastructure 'Verkehr'45' du gouvernement, basé sur des chiffres dépassés et une étude hâtive de l'EPF.

L'aisance financière enviable de la Suisse invite souvent à une certaine complaisance administrative. Lorsque les caisses publiques sont pleines, de grands plans d'infrastructure nationale sont élaborés avec un grand enthousiasme et une supervision étonnamment modeste. L'ambitieux paquet "Verkehr'45" du Conseil fédéral — un projet de plusieurs milliards de francs destiné à remodeler les réseaux routiers et ferroviaires du pays jusqu'en 2045 — vient de se heurter à une vérification gênante de la réalité par les propres auditeurs financiers de l'État.
L'Office fédéral d'audit (EFK) a publié une évaluation cinglante de la manière dont le gouvernement a choisi ses priorités. Sur le papier, le projet promet des améliorations enviables : un service ferroviaire toutes les quinze minutes entre Berne et Zurich, des extensions majeures à la gare de Lucerne, l'ambitieux tunnel du Grimsel et l'élargissement de l'autoroute entre Aarau Est et Birrfeld à six voies. Derrière cette façade brillante, cependant, les auditeurs ont découvert un processus décisionnel basé sur des données obsolètes et des méthodes douteuses.
Selon Beat Stamm, chef de département à l'office d'audit, la viabilité économique de plusieurs projets clés a été largement surestimée. Dans le cas de la liaison ferroviaire Aigle-Leysin, les coûts d'investissement prévus avaient doublé depuis la dernière estimation, mais la proposition officielle du gouvernement a simplement ignoré cette augmentation. Plus troublant encore est la révélation que toute la hiérarchie de sélection s'est fortement appuyée sur une seule étude courte produite par l'EPF de Zurich dans des délais remarquablement serrés. Décider des décennies de dépenses publiques sur la base d'un article universitaire bâclé reflète une confiance naïve dans les références institutionnelles plutôt que dans une rigueur financière élémentaire.
Le Département fédéral de l'environnement, des transports, de l'énergie et de la communication, dirigé par le conseiller fédéral Albert Rösti, s'est empressé de rejeter les critiques. Le ministère a insisté sur le fait que le rapport de l'EPF, combiné aux évaluations internes des offices fédéraux, offrait une base solide. Les fonctionnaires ont rétorqué que la planification stratégique des infrastructures ne devrait pas être dictée uniquement par des analyses coûts-avantages strictes, accusant l'office d'audit d'adopter une vision étroite qui ignore les limites des calculs économiques formels.
Avec une consultation publique ouverte jusqu'en octobre avant que le projet n'atteigne le parlement l'année prochaine, les législateurs devront décider si une vision stratégique excuse une comptabilité négligente. Dans un pays habitué à une gouvernance fluide et à des poches profondes, l'audit sert de rare et inconfortable rappel à se demander si les contribuables bénéficient d'une planification solide ou simplement d'un compromis politique coûteux.
Écrit par Andreas Hofer andreas.hofer@alpineweekly.com
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