
Noyée sous l'argent, paralysée par la politique : la farce fiscale de Genève
Une manne fiscale d'un demi-milliard de francs ne peut pas guérir un parlement cantonal accro aux dépenses et à la guerre idéologique.

La richesse peut être un dangereux gardien de la discipline administrative. Le Canton de Genève, baignant dans les recettes fiscales grâce aux bénéfices florissants des entreprises de négoce de matières premières, a réussi un exploit particulier : il déborde d'argent public tout en étant complètement incapable d'adopter un budget. En tant que principal contributeur au système de péréquation financière nationale, versant des centaines de millions annuellement dans les caisses fédérales, on pourrait s'attendre à une certaine gestion financière. Au lieu de cela, l'appareil politique local est tombé dans une paralysie absurde.
Les chiffres devraient faire envier n'importe quel trésorier. Les recettes fiscales prévues pour l'année prochaine devraient augmenter de plus d'un demi-milliard de francs suisses. Pourtant, cette manne n'a pas créé d'excédent ; elle n'a fait qu'attiser les appétits politiques. Les revenus supplémentaires sont engloutis par des augmentations de dépenses prévues avant même que l'encre des prévisions ne sèche. Face à cette poussée de dépenses insatiable, la directrice des finances, Nathalie Fontanet, s'est tournée vers un panel d'experts indépendants pour dégager des économies modestes.
Le gouvernement a finalement convergé autour d'un ensemble proposé de 190 millions de francs de coupes. Les suggestions – réduire les jours de vacances du personnel de l'État, diminuer les subventions pour les maisons de retraite et augmenter les frais de scolarité universitaires – visaient à assainir le bilan. Au lieu de susciter un compromis, la proposition a mis en évidence les profondes fractures au sein du parlement cantonal. Pour les partis bourgeois, les économies prévues sont bien trop modestes ; pour la gauche, les coupes représentent une attaque inacceptable contre le secteur public.
Cette polarisation idéologique n'est pas théorique ; elle a déjà paralysé la gouvernance quotidienne. Le Parlement n'a pas réussi à voter un budget pour l'année en cours, obligeant l'administration à naviguer sur la base du cadre budgétaire obsolète de 2025. La directrice de l'éducation, Anne Hiltpold, a souligné les conséquences surréalistes de cette impasse administrative. Confrontée à un nombre croissant d'étudiants, elle a demandé des postes d'enseignants supplémentaires au comité des finances du parlement en juin, pour ne recevoir les fonds nécessaires qu'à la fin août, précisément au moment où les enfants franchissaient les portes de l'école.
Alors que le gouvernement espère que le parlement débattra réellement du projet pour l'année à venir, le consensus reste une perspective insaisissable. Avec plusieurs semaines éprouvantes de débats fiscaux à venir, Genève démontre comment les revenus excédentaires, loin de résoudre les problèmes politiques, ne font que rehausser les enjeux des batailles de répartition sans fin.
Écrit par Freya Stensrud freya.stensrud@alpineweekly.com
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