Strasbourg recadre la Suisse pour une visite en prison

La Cour des droits de l'homme estime que les autorités ont ignoré la situation d'une détenue enceinte et auraient dû envisager une visite supervisée, et non seulement un appel téléphonique.

Strasbourg tells Switzerland it went too far over a prison visit

La Suisse a été rappelée à l'ordre, une fois de plus : la procédure ne remplace pas le discernement. La Cour européenne des droits de l'homme a jugé que les autorités avaient dépassé les bornes en empêchant une femme enceinte détenue de voir l'homme qu'elle disait être le père de son enfant, et de l'avoir à ses côtés lors de l'accouchement. La réponse de la Cour est suffisamment familière : l'État doit payer, car il n'a pas examiné l'affaire avec la diligence qu'il prétendait manifester.

L'affaire remonte à 2019. Une ressortissante espagnole, née en 1994, a été placée en détention provisoire dans le canton de Vaud pour des soupçons de délits graves liés au trafic de cocaïne. Elle était enceinte à ce moment-là. Les autorités et les tribunaux suisses, y compris le Tribunal fédéral, ont refusé à son partenaire toute visite en prison et lui ont également dénié la possibilité d'être présent à la naissance de l'enfant.

Leur raisonnement s'appuyait sur le catalogue standard de précautions de la justice pénale : risque de fuite, risque de collusion et risque de récidive. Le Tribunal fédéral n'a autorisé qu'un seul appel téléphonique supervisé peu avant la naissance. Cela semblait un contact suffisant pour l'État, mais pas assez humain pour Strasbourg.

La Cour a jugé la plainte de la femme recevable et s'est appuyée sur l'article 8, le droit au respect de la vie privée et familiale, qui est également protégé par la Constitution fédérale suisse. Selon les juges, les autorités n'avaient pas dûment pris en compte les circonstances particulières de l'affaire, surtout la grossesse avancée et les conséquences émotionnelles de l'accouchement.

Le point le plus délicat était plus simple. Les autorités et les tribunaux suisses n'ont jamais sérieusement examiné la possibilité d'une visite supervisée. Cette omission a pesé lourd car la même préoccupation qu'ils invoquaient pour refuser une visite — le danger de coordination — aurait pu être traitée de la même manière que lors de l'appel téléphonique autorisé. L'État a préféré l'option rigide et a ensuite découvert, assez inconfortablement, que la rigidité ne passe pas toujours pour de la proportionnalité.

La sanction financière n'est pas ruinuse, ce qui est généralement le cas des défaites en matière de droits de l'homme pour les États. La Suisse doit verser à la plaignante l'équivalent de 1 608 francs suisses en compensation, plus 3 718 francs de frais et dépenses. Le coût plus important est moins quantifiable : un autre rappel qu'un système juridique même bien géré peut devenir complaisant, et qu'un tribunal de Strasbourg finira par remarquer quand le bon sens a été laissé de côté.

Écrit par Sandy van Dongen sandy.vandongen@alpineweekly.com