
Le vide juridique sur l'avortement en Corée du Sud de retour devant les tribunaux
Une décision d'appel dans l'affaire Kwon innocente une accusée, mais le problème plus profond est un système juridique qui laisse encore les grossesses tardives à l'improvisation.

La Corée du Sud a le don de laisser les questions les plus sensibles au hasard, puis de faire semblant d'être surprise lorsque le hasard produit un scandale. Dans l'affaire Kwon, une cour d'appel a maintenant acquitté la femme du meurtre d'un bébé après un accouchement à l'hôpital à 36 semaines, tout en maintenant les condamnations pour meurtre de deux médecins. Le système juridique s'est prononcé, mais il n'a pas vraiment clarifié grand-chose.
Le tribunal a réduit les peines des médecins. La peine du chirurgien est passée de quatre ans à deux ans et demi, et celle du directeur de l'hôpital de six ans à quatre ans. Kwon avait précédemment reçu une peine de trois ans de prison avec sursis lorsque tous trois avaient été condamnés en mars. Au cours du procès, les deux médecins ont admis avoir tué le bébé. C'est une situation factuelle suffisamment sombre, sans le bonus supplémentaire d'un cadre juridique qui semble avoir été élaboré par accident.
L'affaire n'a éclaté au grand jour qu'en 2024, après que Kwon, alors âgée d'une vingtaine d'années, a publié une vidéo YouTube expliquant qu'elle cherchait à avorter à 36 semaines, soit un peu plus de huit mois de grossesse. Le ministère de la Santé a déposé une plainte pénale, la police a ouvert une enquête, et l'affaire est rapidement passée d'une détresse privée à une indignation publique. Les procureurs ont déclaré que le bébé était né vivant par césarienne, puis placé dans un congélateur jusqu'à son décès, et que le personnel de l'hôpital avait falsifié les dossiers pour faire croire à une mortinatalité.
La défense de Kwon était qu'elle ne savait pas que le bébé serait tué après avoir été retiré de son ventre. C'est sur ce point que son appel s'est basé. Le juge initial avait statué en mars qu'elle savait que le bébé naîtrait vivant par césarienne. Jeudi, la cour d'appel a déclaré que ce n'était peut-être pas le cas, soulignant la possibilité qu'un intermédiaire lui ait dit que le bébé serait mort-né. Sur cette base, la condamnation pour meurtre contre elle a été annulée.
Le problème plus large se situe en dehors de la salle d'audience. La Corée du Sud a dépénalisé l'avortement en 2019 après que la Cour constitutionnelle a levé l'interdiction de longue date et recommandé au parlement d'autoriser les avortements jusqu'à 22 semaines. Le parlement a alors fait ce que les parlements font souvent lorsqu'ils sont confrontés à un sujet délicat : il a temporisé. Le gouvernement a élaboré une législation de suivi, des législateurs conservateurs se sont opposés pour des motifs religieux, et au moment où la levée de l'interdiction a pris effet en 2021, aucun cadre réglementaire approprié n'avait été mis en place.
Ce vide a également eu son importance dans l'affaire Kwon. Le tribunal initial a tenu compte du fait qu'elle ne pouvait pas recevoir de soutien pour gérer une grossesse tardive et a fait preuve de clémence. Kwon avait déclaré au tribunal qu'elle n'avait appris sa grossesse qu'au bout de sept mois, qu'elle n'avait pas de revenus stables et qu'elle craignait que le bébé ait des malformations parce qu'elle avait bu de l'alcool et fumé pendant la grossesse. Rien de tout cela ne répond à la question juridique, mais cela explique pourquoi l'affaire est devenue si explosive.
Amnesty International Corée a salué l'acquittement de Kwon et a déclaré que les lacunes de la loi sud-coréenne sur l'avortement ont laissé les personnes enceintes sans protection juridique claire ni accès aux soins de santé reproductive essentiels. Le groupe a appelé le gouvernement à lever les obstacles à l'avortement sûr et à réglementer correctement les services d'avortement. Une demande modeste, en somme : si la loi doit régir de tels cas, elle doit d'abord exister sous une forme plus complète que de simples fragments.
Écrit par Christiane Hofreiter
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