
Mandats étatiques et politique du stéthoscope en Valais
L'Hôpital de Sion s'attaque à la congestion des urgences en contraignant les médecins privés à des gardes de soirée obligatoires, sous peine de sanctions administratives.

Lorsque les salles d'urgence débordent de cas non vitaux, l'appareil administratif moderne se tourne rarement vers l'intérieur pour optimiser ses propres goulots d'étranglement. Il préfère plutôt commander des ressources externes. En Valais, l'Hôpital de Sion a trouvé sa réponse aux files d'attente des urgences en soirée : enrôler les praticiens privés locaux pour des gardes de soirée obligatoires.
Depuis septembre, 80 médecins exerçant entre Martigny et Sierre ont été mobilisés pour un service de soirée. Fonctionnant sept jours sur sept, de 18h00 à 22h00, dans une installation adjacente au service d'urgence existant, ce dispositif permet au personnel de dérouter les affections mineures loin des cas de traumatismes vitaux. Le modèle s'inspire de configurations similaires à Viège et Riaz, suite à un programme pilote mené en 2024 à Sion et jugé réussi par les autorités hospitalières.
Sur le papier, le mécanisme fonctionne avec une précision remarquable. La Dre Florence Sierro, médecin généraliste, a observé que le fait de réorienter les patients non urgents réduisait considérablement la tension dans la salle d'attente, apportant un soulagement bienvenu et des horaires de travail beaucoup plus prévisibles pour le personnel hospitalier régulier.
Pourtant, sous ce récit d'efficacité ordonnée se cache une insatisfaction considérable parmi les médecins appelés à combler les lacunes. Une enquête publiée par le journal local Le Nouvelliste a révélé que sur les 80 médecins concernés, 22 s'opposent explicitement au service obligatoire, tandis que 20 sont restés silencieux. Seuls 38 ont exprimé un soutien clair.
La rapidité de la mise en œuvre a laissé de nombreux praticiens en difficulté pour s'adapter. Les médecins signalent qu'ils reçoivent leurs gardes avec un préavis extrêmement court, contraints d'ajouter des tâches hospitalières imposées par l'État à leur charge de travail de cabinet existante et à leurs engagements en matière de garde d'enfants.
Pour ceux qui envisagent la non-conformité, l'État offre très peu de marge de manœuvre. Pierre Arnold, responsable de la commission de garde de la Société Médicale du Valais, a clairement exposé les choix : les médecins réticents peuvent échanger leurs gardes ou accepter de maintenir leurs cabinets privés ouverts de 7h00 à 22h00. Ceux qui refusent s'exposent à des sanctions institutionnelles immédiates, allant des avertissements formels et amendes à d'éventuels signalements aux autorités cantonales, qui détiennent le pouvoir de suspendre les licences médicales.
C'est une approche révélatrice de la gestion des soins de santé. Plutôt que de résoudre les inefficacités institutionnelles au sein de l'hôpital, les autorités se contentent de décharger le fardeau sur les médecins privés, sous la menace discrète de sanctions bureaucratiques.
Écrit par Andreas Hofer andreas.hofer@alpineweekly.com



