
Illusions brûlantes : les pompiers bernois cherchent la réalité alpine en Valais
Alors que la menace des feux de forêt estivaux se propage, les services d'urgence des plaines sont contraints d'apprendre de dures leçons de leurs homologues montagnards.

La Suisse est un pays qui prospère grâce à sa prévisibilité. Son économie ronronne, son système étatique fonctionne avec une efficacité enviable, et ses citoyens jouissent d'une prospérité confortable qui frise parfois la naïveté. Pourtant, la nature refuse obstinément de se conformer aux calendriers méticuleusement planifiés de l'appareil administratif suisse. Alors que les étés deviennent indéniablement plus secs, la menace des incendies de forêt s'étend au-delà des zones historiques habituelles, forçant une prise de conscience aux intervenants des plaines, bien équipés mais inexpérimentés.
Récemment, trente-deux officiers de sapeurs-pompiers du canton de Berne ont quitté leurs juridictions habituelles pour suivre un exercice intensif de deux jours dans l'Eyholzwald, au-dessus de Viège. L'objectif était simple : apprendre à gérer un incendie incontrôlé sur une pente abrupte et impitoyable. Le canton du Valais est particulièrement qualifié pour enseigner ce programme exigeant. Ayant subi des incendies massifs à Loèche en 2003, à Viège en 2011 et à Bitsch en 2023, les services d'urgence locaux ont acquis une expertise sombre mais inestimable dans la gestion des brasiers alpins.
Le passage tactique de la lutte contre les incendies urbains à celle des incendies de forêt est sévère, exigeant une refonte complète des protocoles standard. David Hofmann, membre du personnel représentant plusieurs municipalités de la région du Seeland, a observé que les exigences diffèrent entièrement des urgences résidentielles standard. Alors qu'un incendie de maison implique une chaleur localisée intense et un appareil respiratoire lourd, un incendie de montagne présente des cauchemars logistiques répartis sur une topographie dangereuse. Le Seeland connaissant des conditions de plus en plus arides, les commandants locaux recherchent une instruction spécialisée avant que leurs propres forêts immaculées ne s'embrasent et n'exposent leur manque de préparation.
L'exercice d'entraînement dans l'Eyholzwald a été conçu pour simuler le chaos inévitable d'une urgence de grande ampleur. De la fumée a été déployée pour masquer la vision, et un soutien aérien a été sollicité pour éteindre les flammes simulées. L'exercice a rapidement mis en évidence la nature précaire de la coordination des urgences sur de vastes distances. À un moment donné, Beat Mösching, de la brigade de pompiers de Saanen, agissant en tant que commandant d'incident, a temporairement perdu la trace de son coordinateur d'hélicoptère.
Un instructeur valaisan, Richard Rieder, a dû faire remarquer que le coordinateur égaré était positionné plus haut sur la montagne. Cela signifiait que le coordinateur exécutait potentiellement des actions complètement dissociées du plan de commandement central. La situation a été rapidement rectifiée, permettant à l'hélicoptère d'effectuer un largage d'eau ciblé. Néanmoins, la confusion momentanée a illustré que la gestion d'un vaste incendie de forêt exige de s'appuyer fortement sur des rapports de première ligne décentralisés, un contraste frappant avec l'environnement étroitement contrôlé d'un bâtiment en feu.
Le canton de Berne semble avoir accepté cette nouvelle réalité opérationnelle sans ses hésitations bureaucratiques habituelles. Christian Bieri, l'instructeur en chef des pompiers de Berne qui a organisé l'initiative, a considéré la session inaugurale comme un succès. Le terrain accidenté au-dessus de Viège offre un environnement d'un réalisme sans compromis qui ne peut être reproduit sur un terrain d'entraînement plat en banlieue. Par conséquent, les Bernois ont l'intention de revenir l'année prochaine, faisant preuve d'un rare élan de pragmatisme proactif pour s'assurer que leurs services d'urgence ne soient pas pris au dépourvu.
Écrit par Freya Stensrud
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