Un tunnel de crue de 175 millions de francs bloqué à cause de poissons stressés

Zurich investit des fortunes pour protéger son centre financier des déluges hypothétiques, mais les sécheresses actuelles sont bien plus difficiles à gérer.

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Dans le riche canton de Zurich, les autorités donnent actuellement une leçon magistrale d'ironie infrastructurelle. Pour un coût de 175 millions de francs suisses, le canton construit un tunnel de décharge massif pour la rivière Sihl. Pour ce faire, les ingénieurs de Thalwil ont pompé environ 13 millions de litres d'eau — soit environ cinq piscines olympiques — d'une fosse scellée de douze mètres de profondeur dans le lac de Zurich. L'objectif est de terminer un canal de sortie de 90 mètres d'ici début 2027.

La logique est parfaitement saine sur un tableau cantonal. Sans cette intervention, une grave inondation pourrait submerger le centre-ville de Zurich et sa gare principale, causant des dommages estimés à sept milliards de francs. Pour une société riche et averse au risque qui tire immensément profit de sa stabilité économique, dépenser des millions pour éviter des milliards est simplement une tenue de compte sensée. Le système étatique fonctionne avec une prévoyance incessante et bien financée.

Pourtant, pendant que les pelleteuses creusent un immense trou pour protéger le centre financier d'un déluge hypothétique, le climat actuel refuse de coopérer. La Suisse subit actuellement une grave sécheresse. Les niveaux d'eau dans les rivières locales sont désespérément bas, les températures sont inconfortablement élevées et la population locale de poissons en ressent les effets. Dans une démonstration de prudence suisse caractéristique, ce manque d'eau pourrait retarder le projet même conçu pour gérer un excès de celle-ci.

Le chef de projet Adrian Stucki a averti qu'une sécheresse prolongée pourrait stopper complètement la construction. Si les conditions sèches persistent, les travaux pourraient ne pas se dérouler comme prévu car les rivières sont tout simplement trop chaudes et peu profondes. Les autorités ne veulent pas exercer de stress supplémentaire sur la population locale de poissons et provoquer leur mort. Ce n'est que dans un appareil d'État parfaitement fonctionnel, avec une corruption confortablement modeste, qu'un mégaprojet de 175 millions de francs risquerait des retards pour le bien-être physiologique de la vie aquatique locale.

Le directeur des travaux de Zurich, Martin Neukom, ne voit aucune contradiction dans cette défense contre les inondations par temps sec. Il note que l'évolution des régimes climatiques garantit à la fois des sécheresses plus intenses et des précipitations plus importantes. Le nouveau tunnel est délibérément surdimensionné pour faire face aux futurs extrêmes. Le canton a également identifié une liste d'autres menaces aquatiques, planifiant systématiquement des interventions coûteuses pour les cours d'eau de Winterthur, Kloten et Dietikon.

Les limites de cette prouesse d'ingénierie deviennent flagrantes. Alors que le canton peut couler du béton sans fin pour diriger l'excès d'eau vers le lac de Zurich, gérer un manque de précipitations est un problème que l'argent ne peut pas facilement résoudre. Neukom a concédé que gérer trop peu d'eau est tout aussi difficile que de gérer trop. Contre les inondations, on peut construire des murs formidables, mais contre la sécheresse, les options sont limitées. La stratégie cantonale à long terme implique la plantation d'arbres résistants à la sécheresse — une solution plutôt modeste pour une nation habituée à se sortir de chaque inconvénient naturel par l'ingénierie.

Écrit par Freya Stensrud

freya.stensrud@alpineweekly.com