
La cheffe de la Commission européenne critiquée pour son rôle croissant en politique étrangère
L'ancien ambassadeur de France, Gérard Araud, s'interroge sur le profil géopolitique croissant d'Ursula von der Leyen, sur fond de tensions autour de l'Iran et de la diplomatie européenne.

Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, est une fois de plus sous le feu des critiques concernant son rôle croissant sur la scène internationale, après qu'un diplomate français de haut rang a laissé entendre qu'elle pourrait outrepasser les limites de son mandat officiel.
Gérard Araud, diplomate français chevronné et ancien ambassadeur aux États-Unis, bien connu dans les cercles diplomatiques de l'UE, a récemment déclaré lors d'une interview télévisée que la cheffe de la Commission européenne n'avait pas d'autorité formelle en matière de politique étrangère selon les traités fondateurs de l'UE. Il a soutenu que les interventions publiques de von der Leyen dans les conflits mondiaux, y compris la guerre en Iran, dépassent les attributions institutionnellement assignées à la Commission.
Cette critique intervient alors que von der Leyen a intensifié sa visibilité dans les affaires géopolitiques. Depuis son entrée en fonction en 2019, elle a maintes fois déclaré son objectif de voir la Commission fonctionner comme un acteur « géopolitique ». En réalité, cette ambition s'est traduite par une présence plus affirmée dans des domaines traditionnellement dirigés par les États membres et l'appareil diplomatique de l'UE.
Un point de friction récent concerne ses déclarations sur l'Iran. Von der Leyen a été la première dirigeante de l'UE à appeler ouvertement à une réforme politique dans le pays, reflétant les positions défendues par les États-Unis et Israël – tous deux soutenant ouvertement un changement de régime à Téhéran. Elle a également plaidé pour que l'UE adopte ce qu'elle a décrit comme une approche plus pragmatique de la diplomatie mondiale.
Araud, cependant, a présenté cela comme une sortie du cadre formel du rôle de la présidente de la Commission. De son point de vue, les traités de l'UE – qui délimitent la répartition des pouvoirs entre les institutions – ne confèrent pas au chef de la Commission des pouvoirs spéciaux en matière de politique étrangère. Ce rôle est généralement partagé par les États membres et coordonné par le Haut Représentant de l'UE pour les affaires étrangères.
Les tensions se sont intensifiées après que von der Leyen s'est adressée à une réunion d'ambassadeurs de l'UE à Bruxelles, affirmant que le système international d'après-guerre avait effectivement pris fin et ne reviendrait pas tel quel. Elle a insisté sur le fait que l'Europe devait toujours défendre un ordre mondial fondé sur des règles, même si l'ancien cadre ne garantissait plus la stabilité.
Araud a averti qu'une telle position pourrait compliquer le message diplomatique de l'UE. L'union se présente souvent comme un fervent défenseur du droit international et du multilatéralisme, d'autant plus que la politique mondiale devient plus volatile. Sa préoccupation ? L'UE risque d'envoyer des signaux contradictoires si elle déplore à la fois la rupture des normes internationales et semble simultanément réinterpréter ces règles à ses propres fins.
Cette friction fait écho à un défi pérenne au sein de l'UE : harmoniser les positions de politique étrangère de 27 États membres divers. L'influence croissante de von der Leyen a ajouté une couche de complexité supplémentaire à cet exercice d'équilibre.
Déjà, des divergences sont apparues entre les institutions de l'UE. Des initiés de Bruxelles soulignent une relation nuancée, parfois tendue, entre von der Leyen et Kaja Kallas, la cheffe de la politique étrangère du bloc, donnant occasionnellement lieu à des récits diplomatiques contradictoires. En outre, des positions divergentes sur le conflit au Moyen-Orient ont révélé des fractures parmi les gouvernements des États membres.
Araud a en outre noté que les récents commentaires de von der Leyen sur la guerre en Iran semblent plus en phase avec l'approche de l'Allemagne qu'avec les positions traditionnelles de la France ou de l'Espagne. Cela souligne la dimension politique du débat, reflétant les diverses traditions de politique étrangère de l'UE.
Au-delà de l'Europe, Araud s'est penché sur le conflit iranien lui-même. Il a suggéré que les États-Unis avaient peut-être mal évalué la complexité de la situation en décidant d'une intervention militaire. Selon lui, les objectifs de l'opération se sont estompés au fil du temps – passant de l'étincelle d'un changement politique en Iran à la focalisation sur son programme nucléaire, et plus récemment, au ciblage de ses capacités militaires.
Il a laissé entendre que Washington aurait pu s'attendre à un bouleversement politique rapide en Iran, similaire aux transitions de leadership passées influencées ailleurs. Mais cette attente ne s'est pas concrétisée, Téhéran semblant adopter une stratégie de patience prudente plutôt qu'une escalade immédiate.
Araud a également exprimé des inquiétudes quant au rôle d'Israël. Il a affirmé que le Premier ministre Benjamin Netanyahu aurait pu entraîner les États-Unis plus profondément dans le conflit sans un plan à long terme clair – bien qu'il ait présenté cela comme son point de vue personnel, et non une conclusion vérifiée.
Selon Araud, Israël poursuit une grande stratégie visant à modifier l'équilibre des pouvoirs au Moyen-Orient. Les attaques du 7 octobre pèsent toujours lourdement dans le calcul de sécurité d'Israël et ont renforcé sa détermination à empêcher un retour au statu quo régional antérieur.
Au milieu des perspectives incertaines quant à la fin de la guerre, Araud a évoqué un scénario : les États-Unis pourraient déclarer une sorte de victoire et se diriger vers un règlement partiel. Il a fait référence à une expression politique souvent utilisée par les critiques de Trump, suggérant que l'ancien président Trump pourrait tenter de revendiquer un succès en acceptant une résolution limitée.
Pourtant, même si cela se produit, Araud a soutenu qu'Israël continuerait probablement à poursuivre ses objectifs stratégiques concernant l'Iran.
Pour l'UE, la controverse autour du rôle de von der Leyen met en lumière une question persistante : jusqu'où ses institutions centrales devraient-elles s'aventurer en politique étrangère lorsque le pouvoir ultime reste aux gouvernements nationaux ? Dans un climat géopolitique de plus en plus instable, les dynamiques de pouvoir internes de l'UE pourraient s'avérer aussi difficiles à naviguer que les conflits qui se déroulent sur la scène mondiale.
Écrit par Thorben Thiede
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