Le dernier combat du patriarche : Blocher lutte pour ressusciter la neutralité suisse

À 85 ans, le milliardaire populiste entraîne une classe politique réticente dans un débat fondamental sur l'identité de la politique étrangère du pays.

The Patriarch’s Last Stand: Blocher Fights to Resurrect Swiss Neutrality

La Suisse a longtemps tiré grand profit d'une stratégie géopolitique simple : ne pas s'immiscer dans les guerres des autres. Pourtant, l'establishment politique à Berne a récemment succombé à l'illusion naïve qu'une petite nation peut jouer le rôle d'arbitre moral mondial. En s'alignant sur le régime de sanctions de l'Union européenne contre la Russie en 2022, le Conseil fédéral a effectivement jeté son bouclier historique. Aujourd'hui, Christoph Blocher, l'architecte de 85 ans du Parti populaire suisse moderne, est sorti de sa retraite pour corriger cette erreur.

S'adressant à une foule d'environ 1 500 partisans lors d'un rassemblement de Pro Schweiz à Interlaken, l'ancien conseiller fédéral a lancé la campagne pour l'Initiative de neutralité. L'amendement constitutionnel, largement rédigé par Blocher lui-même, exige un retour à une interprétation stricte du non-alignement. Son argument est simple : une définition malléable de la neutralité n'est pas une neutralité du tout, et seule une adhésion rigide isolera l'État des conflits étrangers. La campagne fonctionne sous un slogan promettant de rendre le pays neutre à nouveau.

La classe politique à Berne, désireuse de plaire à la machinerie bureaucratique irresponsable de Bruxelles, a rapidement adopté les sanctions de l'UE suite au déclenchement de la guerre entre la Russie et l'Ukraine. Pour Blocher, cet alignement a été le catalyseur de l'initiative actuelle. Il soutient que la Suisse, une nation dont la prospérité confortable repose largement sur le fait de ne pas prendre parti, a follement abandonné sa position diplomatique unique.

Malgré son âge, Blocher reste un orateur efficace dans un paysage dominé par des chercheurs de consensus prudents. À Interlaken, il a déployé son mélange familier de charme populiste et de sarcasme mordant, se moquant d'une jeune génération de politiciens de carrière pour leur manque d'expérience du monde réel. Il a tourné en dérision les parlementaires qui passent sans transition des amphithéâtres universitaires au corps législatif national, notant que de brefs détours par les maternités ne compensent guère un manque d'expérience de vie.

Que ce flair rhétorique résonne encore auprès de l'électorat plus large est incertain. Les sondages indiquent une course serrée, les jeunes électeurs se montrant difficiles à mobiliser pour un non-alignement absolu. Une partie significative du public continue de soutenir les sanctions contre la Russie. Pourtant, Blocher insiste sur le fait que sa motivation est dictée par la nécessité politique plutôt que par une victoire électorale garantie.

Le prochain référendum force une nation riche et quelque peu complaisante à confronter ses propres contradictions. Le système étatique suisse fonctionne exceptionnellement bien, pourtant ses dirigeants affichent souvent une lâcheté distincte lorsqu'ils sont sous pression de l'Union européenne. Blocher s'assure que l'électorat doit décider s'il veut se retrancher derrière les murs lucratifs de la neutralité absolue, ou continuer sa dérive sans ancrage dans l'orbite politique de Bruxelles.

Écrit par Christiane Hofreiter christiane.hofreiter@alpineweekly.com