L'illusion de l'avion de combat à prix fixe

Un audit parlementaire brise les hypothèses suisses en matière d'acquisition, obligeant Berne à choisir entre des hausses d'impôts et des coupes budgétaires pour six avions de moins.

The Illusion of the Fixed-Price Fighter

Lorsque les électeurs suisses ont approuvé six milliards de francs suisses pour une flotte de 36 avions de combat F-35 modernes, la prémisse tacite était simple : un prix ferme pour un contrat ferme. Un rapport récent de la Commission de contrôle du Conseil national a discrètement démantelé cette illusion. Il n'y a jamais eu de prix fixe garanti. Par conséquent, le plafond établi de six milliards de francs ne permettra d'acheter aujourd'hui que 30 avions, laissant la planification de la défense militaire avec six avions de moins et l'establishment politique considérablement appauvri en confiance.

Cette réalité d'acquisition s'étend bien au-delà des avions de combat. L'acquisition du système de défense aérienne Patriot est confrontée à des défis similaires, avec des livraisons reportées dans les années 2030 et des coûts totaux augmentant de plusieurs milliards de francs par rapport aux projections initiales. Nicole Barandun, du Parti du Centre, souligne l'obligation constitutionnelle de sécuriser l'espace aérien de la nation, avertissant que le ciel suisse reste sans protection contre de réelles menaces aériennes. Pourtant, le schéma des livraisons retardées et des étiquettes de prix gonflées révèle une naïveté frappante dans la manière dont les contrats militaires ont été gérés au niveau fédéral.

Les réactions au parlement reflètent de profondes divisions idéologiques sur la manière de gérer le déficit. Pour la conseillère nationale du PS, Priska Seiler Graf, l'accord F-35 est devenu un gouffre financier qui menace de priver le reste des forces armées des ressources nécessaires. La représentante du parti écologiste, Anna-Béatrice Schmaltz, va plus loin, qualifiant le débat sur le prix fixe de scandale et exhortant à un retrait immédiat de l'acquisition, tout en arguant que la sécurité devrait être redéfinie autour de la protection du climat et de la prévention de la violence. Pendant ce temps, le conseiller aux États de l'UDC, Werner Salzmann, reconnaît sa déception mais soutient que la Suisse doit s'en tenir à l'avion, qui a obtenu les meilleurs résultats lors des évaluations techniques.

Le casse-tête financier a inévitablement mis la politique fiscale sur la table. Le ministre de la Défense, Martin Pfister, et le Conseil fédéral avaient initialement cherché à financer les dépenses de défense par un fonds dédié, financé par une augmentation temporaire de 0,5 point de pourcentage de la taxe sur la valeur ajoutée. Le Conseil des États a ajusté ce plan lors de sa session d'automne, approuvant le fonds spécial mais ramenant l'augmentation d'impôt proposée à 0,2 point de pourcentage, le reste devant être puisé dans les excédents budgétaires fédéraux réguliers. Salzmann et ses alliés conservateurs soutiennent que les augmentations d'impôts devraient être un dernier recours, préconisant plutôt des coupes compensatoires dans des domaines comme la coopération internationale. Qu'elle soit financée par des taxes à la consommation ou des ajustements budgétaires, la réalité reste inchangée : Berne doit désormais payer beaucoup plus simplement pour maintenir partiellement intactes ses capacités militaires.

Écrit par Thomas Nussbaumer thomas.nussbaumer@alpineweekly.com