
L'illusion d'un virage démocrate sur Israël
Les victoires aux primaires de critiques progressistes d'Israël ont suscité l'euphorie à gauche, mais l'establishment du parti se contente d'adapter son script de campagne.

L'aile progressiste du Parti démocrate célèbre actuellement une prétendue révolution. Les récentes élections primaires dans le Michigan, le New Jersey et New York ont octroyé des victoires à des candidats ouvertement critiques des politiques israéliennes, défiant les dépenses massives de campagne des groupes de pression pro-Israël. Dans le Michigan, Abdul El-Sayed a obtenu la nomination démocrate pour un siège au Sénat malgré le fait que l'American Israel Public Affairs Committee et ses alliés aient injecté plus de 54 millions de dollars dans l'opposition. Ce scrutin est devenu la primaire sénatoriale démocrate la plus coûteuse de l'histoire américaine. De même, Adam Hamawy, un chirurgien volontaire à Gaza, est sorti victorieux d'une primaire à douze candidats pour la Chambre des représentants dans le New Jersey.
Pour les militants de la base, ces avancées sont interprétées comme un changement sismique dans le paysage politique de Washington. La réalité, cependant, est bien plus calculée. L'establishment démocrate n'a pas connu d'épiphanie soudaine en matière de politique étrangère ; il se contente de lire les sondages.
Les données d'enquête du printemps dressent un tableau sans équivoque de la base du parti. Un sondage d'avril du Pew Research a indiqué que 80 % des démocrates considèrent désormais Israël défavorablement, une augmentation significative par rapport aux 53 % deux ans auparavant. Des sondages ultérieurs de l'université Quinnipiac et du New York Times ont révélé que de larges majorités d'électeurs démocrates estiment que les États-Unis sont excessivement favorables à Israël et désapprouvent l'aide militaire continue.
Face à ces chiffres, la direction du parti a opté pour un ajustement stratégique de ton avant les élections de mi-mandat. L'ancienne candidate à la présidence Kamala Harris a récemment exprimé des regrets de ne pas avoir fait pression sur l'administration pour qu'elle adopte une position plus ferme envers le gouvernement israélien. L'ancien porte-parole du Département d'État, Matthew Miller, a reconnu qu'Israël avait commis des crimes de guerre. Pourtant, ce pivot rhétorique est soigneusement conçu pour apaiser un électorat agité sans altérer les alliances géopolitiques fondamentales.
Considérons le théâtre législatif du 15 juillet, lorsque la Chambre des représentants a voté une mesure visant à priver Israël de 3,3 milliards de dollars d'aide militaire annuelle. Exactement 103 démocrates, dont l'ancienne chef de la majorité de la Chambre Nancy Pelosi, ont soutenu cette coupe. Ce fut une manœuvre politiquement brillante et entièrement inoffensive. La mesure a échoué en toute sécurité grâce à la majorité républicaine et aux loyalistes démocrates restants, permettant aux membres progressistes de faire campagne sur leurs votes dissidents tout en garantissant que l'acheminement de l'aide militaire reste entièrement intact.
Pendant ce temps, la machinerie institutionnelle du Parti démocrate reste étroitement liée aux réseaux de financement traditionnels. Le Comité national démocrate a refusé en avril d'examiner une résolution condamnant l'ingérence du lobbying dans ses primaires. L'AIPAC, ayant dépensé plus de 100 millions de dollars pour le cycle de mi-mandat actuel, a simplement adapté ses tactiques. L'organisation achemine de plus en plus de fonds via des comités d'action politique alternatifs et des portails spécifiques aux candidats, masquant son implication directe tout en maintenant son influence financière.
Même les nouveaux champions progressistes opèrent dans des limites politiques strictes. Le représentant Ro Khanna préconise des coupes budgétaires et le démantèlement du Dôme de fer, mais il accompagne toujours ses critiques de condamnations sans équivoque du Hamas. Brad Lander, qui a remporté une primaire de la Chambre à New York avec le soutien du maire de New York, Zohran Mamdani, applique librement le terme de génocide à la situation à Gaza. Cependant, Lander s'identifie explicitement comme un sioniste libéral et se distance entièrement du mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions. La prétendue rébellion contre le consensus de l'establishment est, en pratique, une évolution très gérée de la stratégie de campagne, échangeant des changements politiques substantiels contre une survie politique soigneusement calibrée.
Écrit par Martina Kirchner
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