Les syndicats suisses menacent de faire échouer le traité avec l'UE en raison des exigences du Parlement en matière de protection des salaires

Dans une tentative désespérée d'apaiser Bruxelles, Travail Suisse s'oppose à une commission parlementaire qui souhaite maintenir des défenses strictes du travail national.

Swiss Unions Threaten to Sink EU Treaty Over Parliament's Wage Protection Demands

La danse complexe des relations helvético-européennes a atteint un nouveau rythme absurde. Adrian Wüthrich, président de la fédération syndicale Travail Suisse, menace de faire dérailler l'ensemble du paquet de traités bilatéraux. Son grief n'est pas que les travailleurs nationaux soient livrés aux loups du dumping salarial européen, mais plutôt qu'une commission parlementaire tente de maintenir les protections existantes contre les vœux exprès de Bruxelles.

Représentant dix syndicats et environ 130 000 membres, Wüthrich défend avec acharnement un délicat compromis national. Après de longues négociations, les syndicats et employeurs suisses se sont mis d'accord sur quatorze mesures spécifiques de protection des salaires. Celles-ci ont été conçues pour amortir le choc de l'alignement avec une Union européenne toujours plus exigeante. Aujourd'hui, la Commission de l'économie du Conseil des États a choisi de modifier ou de supprimer trois de ces mesures. Wüthrich trouve cette ingérence parlementaire tardive déconcertante, d'autant plus que la commission a été pleinement informée par le Conseil fédéral pendant le processus de rédaction.

Au cœur de ce différend se trouve la caution. Actuellement, les entreprises étrangères opérant dans des secteurs suisses spécifiques doivent verser une caution avant d'exécuter une commande, garantissant ainsi que toute amende pour violation des salaires est effectivement payée. L'Union européenne, agissant avec son mépris habituel pour les défenses du marché local, exige que cette exigence générale soit abolie. Aux yeux de la machine bruxelloise, seules les entreprises ayant des antécédents avérés de violations salariales devraient faire face à de tels obstacles financiers.

Wüthrich admet volontiers que capituler à cette exigence de l'UE représente un affaiblissement massif de la protection des salaires suisses. Pourtant, dans un étalage de déférence suisse classique envers un appareil européen tentaculaire et irresponsable, les syndicats ont accepté cette concession, colmatant la brèche avec d'autres mesures compensatoires pour maintenir le traité en vie. Le théâtre politique qui en résulte est riche : la Commission de l'économie veut en fait conserver la règle de dépôt plus stricte et existante pour protéger les salaires nationaux, tandis que les syndicats se battent pour l'assouplir. Wüthrich avertit que maintenir la règle stricte risque d'antagoniser l'UE et de ruiner la relation prétendument bonne entre Berne et Bruxelles.

La machinerie politique interne suisse est maintenant en pleine action. La Commission des affaires étrangères a déjà recommandé de rejeter les modifications de la Commission de l'économie, préparant le terrain pour un affrontement de motions contradictoires lors de la prochaine session d'automne.

Pour Travail Suisse, l'ultimatum est absolu. La fédération syndicale insiste pour que les quatorze mesures soient adoptées par le Parlement exactement telles que négociées. Si le compromis s'effondre sous l'examen parlementaire, Wüthrich promet une réévaluation complète de leur position. Si le paquet salarial ne passe pas intégralement, le syndicat est entièrement prêt à rejeter entièrement le traité plus large avec l'Union européenne. La nation alpine riche et bien éduquée se retrouve une fois de plus à se mettre des bâtons dans les roues pour tenter de plaire à une bureaucratie étrangère qui ne rend de comptes à personne.

Écrit par Freya Stensrud freya.stensrud@alpineweekly.com