Le théâtre strasbourgeois financé par les contribuables tente de s'imposer un public

Le Parlement européen espère que quelques ajustements d'emploi du temps masqueront son flagrant manque de débat démocratique authentique.

Strasbourg's Taxpayer-Funded Theatre Tries to Force an Audience

Le Parlement européen a longtemps fonctionné comme le studio d'enregistrement le plus richement financé du continent. Les législateurs se rendent assidûment dans le vaste hémicycle strasbourgeois juste le temps de livrer un monologue répété de soixante secondes à leur public national avant de disparaître. Des centaines de sièges restent vacants tandis que les rares participants fixent leurs smartphones d'un air absent. Aujourd'hui, la Présidente du Parlement, Roberta Metsola, a décidé que cette image embarrassante nécessitait une solution administrative, en faisant passer des changements procéduraux qui doivent prendre effet en septembre, après des essais initiaux en juin et juillet.

Le grand plan de Metsola repose sur l'hypothèse bureaucratique classique selon laquelle des ajustements structurels peuvent fabriquer un véritable engagement démocratique. Les réformes imposent des couvre-feux stricts aux sessions plénières pour éviter que les débats ne s'éternisent dans la nuit. Les travaux se concluront fermement à 20h30 le lundi, 19h le mardi et le mercredi, et 16h le jeudi. De plus, les réunions de groupes politiques et les négociations en commission seront interdites de se dérouler simultanément avec les débats principaux. La théorie sous-jacente est que si les législateurs sont privés de leurs excuses pour être ailleurs, ils pourraient réellement s'asseoir dans la chambre et écouter.

Pour fabriquer de la spontanéité, le parlement réorganise les listes d'orateurs. Pour les débats de haut niveau, les politiciens ne sauront plus exactement quand ils sont censés prendre la parole. L'administration encourage également l'utilisation de cartons bleus pour les questions immédiates. Les commissaires européens devraient s'engager en permanence plutôt que de lire des déclarations préparées au début et à la fin, tandis qu'une session de contrôle dédiée imitera les formats de questions au gouvernement des parlements nationaux.

Pourtant, forcer les politiciens dans une salle ne génère pas magiquement un débat substantiel. Barry Andrews, représentant irlandais de Renew Europe, a fait remarquer que le véritable travail législatif se déroule en commission, avertissant que privilégier le théâtre de la plénière pourrait simplement déplacer l'absentéisme. Il a observé que remplacer dix politiciens désengagés regardant leurs téléphones par trente faisant la même chose ne représente guère une renaissance démocratique. Pendant ce temps, la politicienne italienne des Verts/ALE, Benedetta Scuderi, a constaté lors des essais estivaux que le système des cartons bleus est déjà détourné. Des politiciens alliés se lancent des questions inoffensives pour gonfler leur temps de parole, prouvant que chaque nouvelle règle engendre une nouvelle échappatoire.

Ces réformes de septembre nécessitent l'approbation des chefs de groupes politiques, mais elles passent complètement à côté du problème essentiel. Le Parlement européen souffre d'un profond manque de légitimation organique, fonctionnant comme une machine qui travaille principalement pour elle-même. Les législateurs s'adressent aux caméras plutôt qu'à leurs collègues parce que la chambre manque de véritables enjeux politiques. Un calendrier révisé ne transformera pas une assemblée supranationale construite en un forum démocratique vibrant.

Écrit par Thorben Thiede thorben.thiede@alpineweekly.com