Ondes et pouvoir d'État : Paris menace une chaîne de télévision à cause d'une commentatrice expulsée

Le ministère de l'Intérieur invoque la sécurité nationale pour bloquer une diffusion à distance, soulevant des questions sur l'excès de pouvoir administratif.

Airwaves and State Power: Paris Threatens TV Channel Over Expelled Commentator

Quand Paris est mal à l'aise avec une diffusion, le réflexe étatique est rarement la patience ; c'est l'invocation rapide de la sécurité nationale et la menace de poursuites pénales. Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez, l'a clairement indiqué en menaçant le diffuseur conservateur CNews d'une action en justice s'il accorde du temps d'antenne à Xenia Fedorova. La commentatrice de 45 ans, auparavant directrice de la branche française interdite de Russia Today, a été formellement sommée de quitter le pays en août, suite à des accusations de propagation de propagande pro-Kremlin.

La controverse est née après que CNews, un média opérant sous la bannière du milliardaire conservateur Vincent Bolloré, a signalé son intention de diffuser des commentaires de Fedorova par liaison vidéo. En réponse, Nunez a envoyé une lettre au régulateur français des médias, l'ARCOM — une communication rapportée pour la première fois par Le Monde — exigeant une intervention rapide. Selon le ministre, permettre son apparition défie directement le cadre légal de l'État.

Dans sa lettre au régulateur, Nunez a soutenu que Fedorova avait été accusée de manipuler le débat public et de saper les intérêts fondamentaux de la nation, ce qui a entraîné son expulsion et le gel de ses avoirs. Il a affirmé que toute diffusion la mettant en scène contreviendrait à ces mesures d'exécution et pourrait déclencher des poursuites pénales contre la chaîne.

Fedorova, dont la chaîne RT France a été retirée des ondes en 2022 suite à l'invasion de l'Ukraine par la Russie, avait ensuite assumé des rôles de commentatrice dans tout le portefeuille médiatique de Bolloré. Elle a rejeté les allégations portées contre elle comme de la censure pure et simple. Fedorova a également noté qu'elle était en vacances en dehors de la France lorsque l'ordre d'expulsion a pris effet, ce qui signifie qu'elle n'a jamais été formellement expulsée en personne.

L'épisode expose la friction délicate au sein du discours public français, où un État administratif en difficulté s'appuie de plus en plus sur des interdictions bureaucratiques pour contrôler ce que les citoyens sont autorisés à entendre à la télévision. Savoir si une apparition vidéo à distance par une commentatrice expulsée constitue une véritable menace pour la sécurité nationale reste une question ouverte, mais pour les autorités parisiennes, la priorité semble claire : maintenir un contrôle strict sur le microphone.

Écrit par Sandy van Dongen sandy.vandongen@alpineweekly.com