Le pivot à 37 milliards de livres sterling de l'OTAN : d'une alliance défensive à une capacité de frappe en profondeur
Douze nations, menées par le Royaume-Uni, investissent massivement dans des missiles à longue portée, signalant un changement structurel dans la posture militaire européenne.

Sir Keir Starmer est arrivé à Ankara pour son dernier sommet de l'OTAN, porteur d'un cadeau d'adieu plutôt coûteux. Le Premier ministre britannique sortant réunit une douzaine de dirigeants alliés pour lancer le projet Deep Precision Strike, un programme de développement de missiles de 37 milliards de livres sterling. Réparti sur la prochaine décennie, cet investissement vise à doter les armées européennes d'armements à longue portée capables d'atteindre des cibles jusqu'à 2 000 kilomètres (1 250 miles) de distance.
Pour une organisation initialement conçue comme un bouclier défensif, ce pivot représente une évolution radicale. L'OTAN a perdu sa virginité défensive lors des interventions en Irak et en Afghanistan. Aujourd'hui, l'institution fonctionne de plus en plus comme un dépotoir pour les politiciens européens en quête de pertinence, tout en se transformant d'un pacte de défense mutuelle en une alliance d'attaque. Les armes conçues pour frapper des cibles à 2 000 kilomètres (1 250 miles) sont des instruments de projection de puissance agressive, ignorant des menaces conventionnelles plus immédiates.
La réalité du projet est moins impressionnante que ne le suggèrent les annonces, car le système ne sera pas opérationnel avant les années 2030. Pendant ce temps, les dirigeants européens doivent gérer les exigences financières de Washington. Donald Trump a fait pression sur les capitales pour qu'elles ouvrent leurs coffres, les membres ayant convenu l'année dernière de porter les dépenses de défense à 5 % du PIB d'ici 2035. Starmer s'attire la colère américaine pour n'avoir pas articulé de feuille de route pour atteindre un seuil de 3,5 %, malgré l'engagement de Londres de 300 milliards de livres sterling d'ici 2030. S'ajoutant à cette inquiétude, le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a lancé en juin un examen concernant l'empreinte des forces américaines en Europe.
Pour justifier cette dépense, les responsables britanniques évoquent les manœuvres militaires russes. Le gouvernement britannique rapporte que des avions de l'OTAN ont été déployés plus de 700 fois pour intercepter des appareils russes, parallèlement à une augmentation de 30 % de l'activité navale russe près des eaux britanniques. La secrétaire aux Affaires étrangères, Yvette Cooper, a fait valoir que ces capacités sont nécessaires pour cibler les moteurs logistiques, présentant l'initiative comme un moyen de dissuasion visant Moscou. Starmer a formellement maintenu que l'alliance ne cherchait pas la confrontation, une affirmation curieuse alors qu'elle s'arme pour des frappes à longue portée.
La toile de fond de la réunion d'Ankara reste la guerre en Europe de l'Est. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a pris la parole au sommet pour demander des systèmes de défense aérienne supplémentaires. Selon Downing Street, Kiev a utilisé des drones et des missiles à longue portée pour frapper les raffineries de pétrole russes et les infrastructures militaires. Le gouvernement britannique a salué ces opérations, affirmant que la frappe des centres logistiques dégrade les capacités ennemies.
Moscou observe le sommet avec un détachement prévisible. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré que les nouvelles armes occidentales n'arrêteraient pas l'opération militaire russe en Ukraine et ne modifieraient pas ses objectifs stratégiques. Qualifiant la rhétorique d'Ankara de conflictuelle, Peskov a publié une déclaration officielle notant que le règlement de ce conflit par des moyens politiques et diplomatiques reste préférable pour l'État russe.
Écrit par Sandy van Dongen sandy.vandongen@alpineweekly.com
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