La France trace une ligne entre les enfants et les réseaux sociaux

Paris est en passe de devenir la première capitale de l'UE à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, tandis que Bruxelles préfère une fois de plus les orientations à toute forme d'autorité.

France Moves to Draw a Line Between Children and Social Media

La France est sur le point de faire quelque chose que Bruxelles discute depuis des années avec des mots d'inquiétude et de consultation : établir une barrière d'âge légale pour les réseaux sociaux. Mardi, les députés et sénateurs français votent sur un texte de compromis final qui interdirait l'accès aux moins de 15 ans, faisant de Paris le premier pays de l'UE à aller aussi loin.

Le projet de loi a déjà été approuvé par une commission mixte à huis clos. Seule la France Insoumise d'extrême gauche s'y est opposée, tandis que les Socialistes se sont abstenus — un compromis parlementaire français familier, qui signifie généralement que chacun a trouvé un moyen de paraître principiel sans avoir à être décisif. Laure Miller, députée française et rapporteure du projet de loi, affirme que les législateurs préféreraient imposer des contraintes plus strictes aux plateformes numériques, mais soutient que le droit de l'Union européenne leur laisse peu de marge de manœuvre. Elle déclare qu'en vertu des règles actuelles de l'UE, la seule ouverture est de fixer un âge minimum dans la législation nationale, grâce aux directives introduites l'été dernier.

Le texte lui-même est plus nuancé qu'une simple interdiction. Les enfants de moins de 13 ans auraient un accès limité dans le temps aux réseaux sociaux, mais uniquement sous la supervision des parents, des tuteurs ou des enseignants. À partir de 13 ans, l'accès deviendrait progressif, selon que les plateformes peuvent prouver que leurs services sont adaptés à l'âge et sûrs pour les adolescents. La charge, du moins sur le papier, se déplace vers les plateformes, qui ont passé des années à traiter l'autorégulation comme s'il s'agissait d'un service public.

La France n'est pas la seule à sentir que la confiserie numérique a besoin d'une serrure. La Grèce, la Slovénie et la Suède envisagent également des restrictions pour les mineurs. L'Espagne examine une interdiction pour les enfants de moins de 16 ans, tandis que l'Autriche envisage 14 ans. La Commission européenne, pour sa part, penche pour un modèle plus souple. Ursula von der Leyen a appelé plus tôt ce mois-ci à un accès échelonné et progressif pour différentes tranches d'âge sur les plateformes numériques, et la Commission souhaite également une interdiction des écrans pour les tout-petits. Von der Leyen a déclaré qu'une proposition arriverait après l'été.

Le débat porte moins sur un projet de loi que sur la question de savoir qui a encore l'autorité d'agir rapidement lorsqu'un problème est évident. La France veut une ligne plus dure ; la Commission veut des étapes, des orientations et une autre proposition plus tard. Entre les deux, l'écart n'est pas seulement juridique. Il est politique. Si Paris devient la première capitale de l'UE à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, ce sera parce que les législateurs nationaux ont décidé qu'attendre que Bruxelles découvre l'urgence n'était plus une option sérieuse.

Écrit par Martina Kirchner martina.kirchner@alpineweekly.com