Guterres exige la fin des sanctions syriennes pendant qu'Israël redessine la frontière

La volonté du Secrétaire général de l'ONU d'attirer les capitaux étrangers dans une Syrie post-Assad se heurte aux dures réalités militaires du sud.

Guterres Demands an End to Syrian Sanctions While Israel Redraws the Border

António Guterres est arrivé à Damas ce week-end avec une demande plutôt onéreuse pour la communauté internationale. Concluant sa visite de deux jours en Syrie dimanche, le Secrétaire général des Nations Unies a exigé le retrait immédiat et total de toutes les sanctions occidentales restantes contre le pays. C'est la première fois qu'un chef de l'ONU met les pieds dans la capitale syrienne depuis 2009, une période qui précède une guerre civile brutale de treize ans et le renversement éventuel de Bachar al-Assad en décembre 2024. Désormais, l'ONU souhaite que les flux financiers mondiaux soient rétablis.

La Banque Mondiale estime le coût de la reconstruction des infrastructures syriennes dévastées à 216 milliards de dollars. Bien que les États-Unis et diverses capitales européennes aient déjà assoupli leurs restrictions économiques après le changement de régime, les capitaux privés restent très prudents. Les investisseurs basent rarement l'affectation de leurs capitaux sur des tournées de bonne volonté de l'ONU, préférant une stabilité réelle à l'optimisme diplomatique. Pourtant, Guterres a profité de sa conférence de presse pour faire pression sur les gouvernements occidentaux afin qu'ils abandonnent leur levier restant. Il a salué l'assouplissement initial des sanctions mais a insisté sur le fait que toutes les barrières économiques restantes devaient être démantelées immédiatement pour permettre la reprise économique. Il a présenté l'afflux de capitaux étrangers comme un prérequis strict pour la restauration des services essentiels et la relance des moyens de subsistance locaux.

L'itinéraire diplomatique a été soigneusement élaboré pour marquer une rupture avec le passé. Guterres a rencontré le président Ahmed al-Sharaa, le ministre des Affaires étrangères Asaad al-Shaibani et le président du parlement transitoire nouvellement formé. Pour souligner le départ de l'ancien régime, le chef de l'ONU a même visité la prison de Sednaya, l'établissement tristement célèbre qui symbolisait la brutalité pure de l'ère Assad. Le message diplomatique est clair : l'ONU a officiellement béni la nouvelle administration. Guterres a exprimé sa confiance absolue dans le fait que la transition politique progresse favorablement. L'organisme international espère que cette approbation accélérera le retour des quelque 5,5 millions de personnes déplacées internes et des six millions de Syriens dispersés à l'étranger. Depuis décembre 2024, environ 1,7 million de réfugiés ont fait le voyage de retour.

Cependant, les appels du Secrétaire général à la souveraineté syrienne absolue se heurtent violemment aux faits sur le terrain. Alors même que Guterres tenait audience à Damas, les médias d'État syriens ont signalé de nouvelles incursions militaires israéliennes dans le sud. Selon l'agence de presse d'État SANA, les forces israéliennes ont franchi le bassin du Yarmouk dans la province de Deraa tôt dimanche. Accompagnées de trois véhicules militaires et d'un bulldozer, les troupes auraient établi un poste de contrôle dans le village d'Al-Aarda et distribué des tracts avertissant les habitants de ne pas interférer avec leur avancée.

Israël a systématiquement mis en place une nouvelle zone tampon de sécurité depuis l'effondrement du gouvernement Assad, envoyant fréquemment des troupes dans la zone patrouillée par l'ONU sur les hauteurs du Golan. Les responsables israéliens ont été entièrement transparents quant à leur intention de maintenir une zone de sécurité démilitarisée dans le sud de la Syrie. Guterres a opposé à cette réalité militaire une indignation diplomatique, citant l'accord de désengagement de 1974. Il a déclaré que la situation autour des hauteurs du Golan était totalement inacceptable, insistant sur le fait que le territoire reste strictement syrien. Pourtant, dans une région dictée par la force, les appels à des traités vieux d'un demi-siècle ont peu de poids pratique face à des bulldozers blindés.

Écrit par Thorben Thiede thorben.thiede@alpineweekly.com