
Fantaisies diplomatiques et sombres réalités à Tripoli
Tandis que les émissaires américains discutent d'interopérabilité avec le Premier ministre libyen, les citoyens barricadent la capitale en raison de coupures de courant de dix heures et de la défaillance de l'État.

Alors que la Maison Blanche publie des déclarations optimistes sur l'unification et la prospérité, les habitants de Tripoli déchargent des camions de terre devant le ministère des Affaires étrangères. La nette divergence entre la fantaisie diplomatique et la réalité libyenne a rarement été aussi prononcée. Le Premier ministre Abdul Hamid Dbeibah peut avoir des entretiens fructueux avec des conseillers américains concernant l'interopérabilité militaire, mais dans les rues de sa propre capitale, ses citoyens réclament simplement que les lumières soient rallumées.
Après deux brèves années de stabilité relative du réseau, la Compagnie Générale d'Électricité, gérée par l'État, a replongé la capitale dans l'obscurité, avec des coupures de courant quotidiennes s'étendant désormais jusqu'à dix heures atroces. Le résultat prévisible est une campagne de désobéissance civile qui se propage. À Janzour, à l'ouest de Tripoli, des foules ont bloqué la route côtière et envahi la centrale électrique locale. Dans le district de Souq Al-Jumaa, de jeunes manifestants ont fermé les bureaux de l'opérateur de télécommunications d'État Libyana, déployant des banderoles qui dirigent leur colère directement vers Dbeibah et son administration.
Il ne s'agit pas seulement d'un grief localisé concernant la gestion des services publics. C'est un rejet en bloc d'une classe politique qui s'est avérée spectaculairement incapable d'assurer une gouvernance de base. Le mouvement Souq Al-Jumaa, qui s'oppose au Gouvernement d'unité nationale depuis mai 2025, vise explicitement à paralyser l'appareil d'État. Leurs exigences dépassent les réformes progressives, appelant plutôt à la dissolution complète de l'architecture politique fragmentée de la Libye. Le mouvement insiste sur le fait que le gouvernement, la Chambre des représentants, le Conseil présidentiel et le Conseil d'État doivent tous être démantelés pour ouvrir la voie à une véritable responsabilité.
Les troubles se sont rapidement propagés vers l'est, à Tajoura, où le Mouvement local des Familles et de la Jeunesse a déclaré un boycott généralisé des institutions étatiques. Leurs griefs constituent un réquisitoire accablant contre la défaillance de l'État : effondrement des soins de santé, éducation défaillante, pénuries d'eau chroniques et crise perpétuelle de carburant et de liquidités. La population suffoque sous l'inflation et l'instabilité monétaire tandis que les responsables restent entièrement absorbés par leurs interminables disputes factionnelles sur le pouvoir et le clientélisme.
Le moment de l'approche diplomatique de Washington frise l'absurde. Massad Boulos, conseiller de la Maison Blanche pour les affaires africaines, a fait état d'un dialogue fructueux avec Dbeibah concernant la coordination de la sécurité entre les factions orientales et occidentales. L'envoyé américain a noté que les États-Unis restaient déterminés à soutenir l'unification libyenne pour parvenir à une paix et une prospérité durables.
On peut se demander comment des objectifs aussi nobles résonnent auprès des jeunes qui brûlent des pneus dans la région de Sater Turba. Un gouvernement incapable de gérer son propre réseau électrique ou de fournir une monnaie stable est difficilement en position d'orchestrer l'unification nationale. Tant que les mécanismes d'un État fonctionnel ne seront pas rétablis, les dialogues internationaux sur l'intégration militaire resteront un simple bruit de fond dans les rues barricadées de Tripoli.
Écrit par Freya Stensrud freya.stensrud@alpineweekly.com
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