
La manie favorite de l'ASEAN : s'accorder sur le fait qu'elle devrait coopérer
Le secrétaire philippin aux Affaires étrangères, Enrique Manalo, a exhorté le bloc d'Asie du Sud-Est à s'unir, bien que le bilan de l'organisation suggère que l'unité reste davantage un slogan qu'un système.

L'ASEAN n'a jamais manqué de déclarations sur la solidarité. Ce qui lui a manqué, le plus souvent, c'est l'habitude de transformer ces déclarations en quelque chose de plus solide qu'un papier peint diplomatique. C'est pourquoi l'appel du secrétaire philippin aux Affaires étrangères, Enrique Manalo, à la coopération des États membres semble à la fois judicieux et légèrement lassant : judicieux parce que la région a besoin de coordination, lassant parce que ce besoin est évident depuis des années.
Le message de Manalo, délivré dans le cadre de la politique étrangère philippine, était direct. L'ASEAN, l'Association des Nations de l'Asie du Sud-Est, devrait agir collectivement plutôt que comme un ensemble disparate d'États attendant chacun que les autres bougent en premier. C'est la version diplomatique de dire à une salle pleine d'adultes d'arrêter de faire comme si l'exercice d'incendie était facultatif. Le point n'est pas controversé ; l'exécution est là où les problèmes commencent.
La faiblesse du bloc n'est pas un mystère. L'ASEAN est fondée sur la coopération, mais elle se comporte souvent comme si la prudence était une vertu en soi. Les États membres sont à l'aise avec le langage du partenariat, moins avec la discipline qu'il exige. L'appel de Manalo s'inscrit parfaitement dans ce schéma : un rappel que la diplomatie régionale est censée produire plus que de polis communiqués et des photos de groupe.
Pour les Philippines, l'argument a un aspect pratique. Un pays qui dépend de la stabilité régionale n'a que peu d'intérêt à voir l'ASEAN réduite à un club cérémonial. Si l'organisation veut compter, elle doit montrer qu'elle peut coordonner ses positions et agir avec une certaine cohérence. Autrement, elle risque de devenir ce que de nombreuses institutions deviennent lorsqu'elles sont trop souvent louées et trop rarement testées : un lieu où l'on parle d'unité tout en préservant chaque réflexe national qui l'empêche.
Il n'y a pas de percée spectaculaire ici, et aucune raison de faire semblant. L'appel de Manalo est familier parce que l'ASEAN ne cesse de l'inviter. La vraie question est de savoir si le bloc veut rester un modeste forum de consensus ou devenir quelque chose de plus proche d'un acteur régional fonctionnel. Pour l'instant, la réponse semble être la même que d'habitude : tout le monde convient que la coopération est nécessaire, à condition que quelqu'un d'autre coopère en premier.
Écrit par Christiane Hofreiter christiane.hofreiter@alpineweekly.com
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