Le coût de 120 milliards d'euros de la paralysie européenne

Bruxelles continue de prêcher la compétitivité mondiale tout en s'étouffant sous ses propres frictions administratives et son égoïsme national.

The €120 Billion Price of European Paralysis

Bruxelles a transformé l'auto-flagellation économique en un art. Tous les quelques mois, une autre commission, un groupe de réflexion ou un ancien banquier central produit une autopsie méticuleusement détaillée des raisons pour lesquelles le Continent est à la traîne, assortie de chiffres stupéfiants illustrant le prix de l'inertie administrative.

Le dernier bilan en date provient du groupe de réflexion italien The European House–Ambrosetti, dans une étude réalisée avec Amazon. Sa conclusion est aussi accablante que familière : l'Europe renonce à au moins 120 milliards d'euros d'investissements directs chaque année simplement parce qu'elle ne parvient pas à connecter ses propres marchés nationaux. Cette estimation ne tente même pas de calculer les dommages collatéraux plus larges sur l'activité économique générale.

Considérons le secteur de l'énergie, où les fabricants européens ont dû faire face à des factures d'électricité 2,8 fois plus élevées que leurs concurrents américains au premier trimestre 2025. L'intégration des systèmes énergétiques nationaux dans un réseau transfrontalier fonctionnel pourrait générer jusqu'à 43 milliards d'euros par an d'ici 2030. Le transport ferroviaire offre un tableau tout aussi sombre. Quatre décennies après que l'Europe a promis de libéraliser ses chemins de fer, les services de train traversant une frontière nationale restent 23,4 % plus lents que les trajets intérieurs équivalents. Des frictions similaires affligent l'intelligence artificielle, les cadres fiscaux, l'infrastructure numérique et les systèmes judiciaires.

Cette taxe auto-infligée sur la compétitivité rend les grandes ambitions des décideurs européens presque comiques. En 2024, Mario Draghi a célèbrement averti que le bloc avait besoin entre 750 et 800 milliards d'euros d'investissements annuels supplémentaires pour survivre à la concurrence mondiale. Pourtant, l'appareil institutionnel conçu pour réaliser cette intégration reste impuissant.

La racine du problème réside dans une architecture institutionnelle conçue pour le discours plutôt que pour la réalisation. Les capitales nationales n'ont pratiquement aucun appétit pour financer des infrastructures qui bénéficient aux États voisins. Pendant ce temps, le budget central de l'UE reste un modeste 1 % du revenu national brut. En 2024, les gouvernements nationaux ont dépensé 8 856,8 milliards d'euros tandis que l'UE n'en a dépensé que 170,5 milliards, laissant à Bruxelles un levier financier minimal pour combler l'écart.

Comment l'appareil administratif réagit-il ? Avec de nouvelles initiatives bureaucratiques, naturellement. La Commission européenne promeut actuellement EU Inc., un cadre harmonisé proposé destiné à simplifier les opérations commerciales transfrontalières d'ici la fin de 2026. Pourtant, des mécanismes de suivi comme le rapport de la Joint European Disruptive Initiative signalent que les décideurs sont déjà en retard dans la mise en œuvre de l'agenda Draghi, ralentie par l'inertie législative habituelle.

Plutôt que d'imiter des modèles étrangers, l'Europe possède déjà des modèles réussis à l'intérieur de ses frontières. Ce qui lui manque, c'est la volonté politique de démanteler son propre réseau réglementaire auto-satisfaisant. Tant que Bruxelles ne cessera pas de confondre les nouveaux cadres politiques avec une véritable liberté économique, la facture annuelle de 120 milliards d'euros pour sa vision fragmentée ne fera qu'augmenter.

Écrit par Christiane Hofreiter christiane.hofreiter@alpineweekly.com