
La France approuve l'expansion nucléaire tandis que les méduses paralysent le réseau
EDF obtient l'autorisation de commencer les travaux de terrassement à Gravelines, mais de récentes perturbations marines et climatiques soulignent la fragilité de l'approvisionnement électrique fortement centralisé du pays.

L'État français a finalement accordé à son service public d'énergie entièrement nationalisé la permission de commencer les travaux de terrassement. Quatre ans après que le président Emmanuel Macron ait grandement annoncé une renaissance nucléaire comprenant six réacteurs à eau pressurisée de nouvelle génération, EDF a obtenu une autorisation environnementale pour commencer les préparatifs du site de la centrale de Gravelines dans le département du Nord.
Signé par le Premier ministre Sébastien Lecornu et ses ministres de la transition écologique et des villes, Monique Barbut et Vincent Jeanbrun, le décret est un chef-d'œuvre de prudence bureaucratique. Il autorise les travaux de terrassement, le renforcement des sols, le déplacement d'un terminal ferroviaire et la construction d'un canal de prise d'eau. Il impose même le déplacement minutieux de la flore et de la faune protégées pendant les saisons favorables, ainsi que la création d'un centre d'information public. Ce qu'il n'autorise pas explicitement, cependant, c'est la construction de tout bâtiment destiné à abriter des matières nucléaires ou des équipements de sécurité.
Selon une déclaration officielle du service public, le décret permet à EDF de lancer progressivement les premières opérations visant à préparer le site pour le futur projet de construction. La société a également noté qu'un suivi environnemental sera effectué tout au long des travaux, sous la supervision des autorités compétentes.
Les deux réacteurs EPR2 de 1 600 MW prévus doivent rejoindre six unités de 900 MW existantes à Gravelines. Cette expansion massive est présentée comme une bouée de sauvetage industrielle pour la région de Dunkerque, qui dépend actuellement fortement des combustibles fossiles et cherche désespérément à se décarboner. Pourtant, le calendrier reste d'une lenteur exaspérante. La première paire de ces nouveaux réacteurs, situés à Penly en Normandie, ne devrait pas être mise en service avant 2038 environ. Pour compliquer les choses, une décision finale d'investissement pour l'ensemble du projet de six réacteurs n'est pas prévue avant fin 2026. Pour une nation aux prises avec une économie affaiblie et des finances publiques alarmantes, le financement de ce projet d'infrastructure colossal et dirigé par l'État reste un obstacle de taille.
Mais avant que Paris ne puisse s'inquiéter du financement de l'avenir, elle doit maintenir sa flotte actuelle en marche. La France dépend de l'énergie nucléaire pour environ 70 % de son électricité, pourtant cette infrastructure puissante s'est avérée remarquablement vulnérable aux organismes les plus simples. Dans la nuit du 9 août, des milliers de méduses ont dérivé dans le port de Dunkerque, obstruant les systèmes de prise d'eau de Gravelines. La centrale, qui détient le titre de plus grande centrale nucléaire d'Europe occidentale, a été contrainte d'arrêter automatiquement les unités de production 2, 3 et 4. Les unités 1 et 5 étant déjà hors service pour maintenance, l'installation a été largement paralysée. L'Autorité de sûreté nucléaire a confirmé que les équipements de refroidissement n'étaient pas affectés, mais la production d'électricité a complètement cessé pour les unités impactées.
Cet incident bizarre n'était pas une vulnérabilité isolée. Au 12 août, une combinaison de sécheresse, de chaleur extrême et de méduses envahissantes avait mis hors service plus de 20 % de la capacité de production d'électricité nucléaire de la France. Dans tout le pays, 13 des 57 réacteurs ont été affectés. Des installations de Chooz à Golfech ont été contraintes à des arrêts complets, tandis que d'autres fonctionnaient à rendement réduit. Alors que des invasions gélatineuses similaires ont affligé des réacteurs aux États-Unis, en Suède et en Écosse, l'ampleur du déficit d'août en France révèle une grave fragilité dans un réseau fortement centralisé. L'État peut décréter la construction de nouveaux réacteurs, mais les sécuriser contre les caprices d'un climat changeant – et de la biologie marine – exige plus que de la simple paperasse.
Écrit par Thorben Thiede thorben.thiede@alpineweekly.com
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