La France parie sur une croissance de 1 % pour 2027 – mais son propre organisme de surveillance qualifie le plan d'« optimiste »
Le budget 2027 du gouvernement repose sur un doublement de la croissance de 0,5 % à 1 % et une inflation tombant en dessous de 2 %. Les économistes de Natixis, de la Banque de France et du Haut Conseil des Finances Publiques sont sceptiques.
Le gouvernement français a construit son budget 2027 sur un pari : que la croissance économique doublera, passant de 0,5 % en 2026 à 1 % l'année prochaine, tandis que l'inflation tombera en dessous de 2 %. C'est un scénario optimiste, et le propre organisme de surveillance budgétaire du gouvernement l'a d'ailleurs dit.
Dans un avis publié jeudi, le Haut Conseil des Finances Publiques a jugé la prévision de croissance de 1 % « optimiste », soulignant également la « forte incertitude » entourant le contexte national, notamment concernant « l'adoption même du budget pour 2027 ». Le gouvernement vise à ramener le déficit public à 5,0 % du PIB en 2027, contre 5,4 % cette année, grâce à un effort de 54 milliards d'euros.
Pour y parvenir, le gouvernement mise sur un rebond tiré par la demande intérieure. Selon les documents budgétaires, la croissance française en 2027 serait « principalement tirée par la demande intérieure », avec une normalisation de la production agricole contribuant également au rebond. Le gouvernement s'attend également à ce que l'inflation repasse en dessous de 2 %, à 1,8 %, ce qui dépend en grande partie d'un retour à la normale au Moyen-Orient, principale cause de l'inflation actuelle.
Mais les prévisions indépendantes racontent une autre histoire. La Banque de France projette une croissance de 0,9 % en 2027, n'atteignant 1,2 % qu'en 2028. Natixis prévoit seulement 0,8 % pour 2027. L'OFCE et l'institut de recherche économique Rexecode s'attendent tous deux à 0,7 %. La Commission européenne, dans ses prévisions de printemps, projetait 1,1 % pour 2027, mais cela était basé sur l'hypothèse d'une baisse des prix de l'énergie.
L'écart compte car l'arithmétique budgétaire est serrée. Hadrien Camatte, économiste senior chez Natixis, a mis en garde contre un « risque de dérapage budgétaire en 2027 », soulignant « une croissance économique plus faible, la forte sensibilité du poids de la dette aux taux d'intérêt – une hausse de 100 points de base entraînerait un coût supplémentaire de 3,4 milliards d'euros en 2027 – et le caractère insuffisamment documenté de certaines mesures. »
Le poids de la dette est en effet croissant. Le gouvernement s'attend à ce que les paiements d'intérêts atteignent 91,2 milliards d'euros en 2027, contre 79,2 milliards d'euros en 2026 – une augmentation de 12 milliards d'euros en une seule année. La dette publique devrait atteindre 121,7 % du PIB en 2027, contre 119,3 % en 2026.
Le plan du gouvernement comprend 43 milliards d'euros de nouvelles mesures, dont 25 milliards d'euros d'économies et 18 milliards d'euros de recettes supplémentaires. Un gel partiel des pensions devrait générer environ 4 milliards d'euros d'économies, tandis que les allocations familiales contribueraient à hauteur de 500 millions d'euros. Le point d'indice des fonctionnaires resterait gelé.
Le budget suppose également qu'un budget sera adopté rapidement. « Le scénario suppose qu'un budget soit adopté rapidement, car une nouvelle période d'incertitude politique et budgétaire pèserait directement sur l'activité », indiquent les documents du gouvernement. Avec une élection présidentielle approchant et sans majorité à l'Assemblée nationale, cela est loin d'être garanti.
Pour l'instant, la France parie sur un rebond dont ses propres experts doutent qu'il se matérialise. L'objectif de déficit de 5 % dépend du doublement de la croissance. Le poids de la dette augmente quoi qu'il arrive. Et le calendrier politique n'offre aucun réconfort. La bataille budgétaire ne fait que commencer.
Écrit par Thorben Thiede thorben.thiede@alpineweekly.com