Freiner le marché des soins : Le Valais gèle les licences de soins de santé privés

Face à la flambée des coûts et aux soupçons de surfacturation, un deuxième canton suisse interdit les nouveaux prestataires de soins à domicile privés.

Curbing the Care Market: Valais Freezes Private Healthcare Licenses

L'économie suisse, réputée pour sa robustesse, et son système étatique bien financé ont par inadvertance nourri un modèle commercial plutôt inventif : prendre soin de ses propres proches et envoyer la facture aux compagnies d'assurance maladie. C'est une conséquence prévisible dans un environnement réglementaire riche et quelque peu naïf où l'argent circule librement jusqu'à ce que les budgets craquent. Aujourd'hui, le Canton du Valais a décidé de tirer le frein d'urgence. Suivant l'exemple du Tessin, les autorités valaisannes ont imposé un gel général des licences pour les nouveaux prestataires de soins à domicile privés, localement connus sous le nom de Spitex, à compter du 1er juillet.

Le gouvernement cantonal est alarmé par l'explosion des coûts des soins de santé. Le conseiller d'État Mathias Reynard positionne l'administration contre ce qu'il perçoit comme du profit opportuniste. La position officielle est que si certains opérateurs privés fonctionnent correctement, d'autres exploitent simplement le système. Les chiffres cités par le canton sont frappants : les organisations privées de soins à domicile passeraient en moyenne soixante-dix pour cent plus de temps avec les patients que leurs homologues publics. Les autorités allèguent que pour les mêmes services, les entreprises privées facturent systématiquement beaucoup plus d'heures.

Au-delà des écarts de facturation, le gouvernement valaisan accuse les entreprises privées de « cherry-picking » (sélection des cas les plus rentables). Libérées du mandat de service universel qui contraint les Spitex publiques à opérer dans des vallées alpines reculées comme Evolène, les entreprises privées se regroupent dans les centres urbains tels que Sion, où des distances de déplacement plus courtes génèrent des marges plus élevées. Pour lutter contre cela, le canton avait auparavant porté un litige devant le Tribunal fédéral. Ils ont obtenu gain de cause l'année dernière, leur accordant l'autorité de réduire la rémunération des prestataires privés ne respectant pas les salaires minimaux des conventions collectives de travail.

Le secteur privé rejette naturellement cette description. Thomas Birbaum, représentant l'Association Valaisanne des Organisations Spitex, rétorque que les prestataires privés sont une force complémentaire essentielle. Il constate que les services de soins à domicile publics demandent fréquemment aux entreprises privées de prendre en charge des dossiers car l'État manque de personnel. Les heures facturées soi-disant gonflées, soutient l'association, proviennent de la complexité médicale plutôt que de la cupidité. Les entreprises privées gèrent des cas exigeants nécessitant des soins intensifs, mais insistent sur le fait qu'elles opèrent avec une plus grande agilité que l'alternative publique.

Pour les patients, ce bras de fer administratif est du bruit de fond. Une fois leur franchise d'assurance maladie annuelle réglée, opter pour un prestataire privé n'entraîne aucune dépense personnelle supplémentaire. La charge financière retombe sur les assureurs maladie et le trésor cantonal. En gelant les nouvelles licences, le Valais tente de plafonner l'offre. S'appuyer sur des interdictions rudimentaires plutôt que de réformer les incitations financières suggère un réflexe bureaucratique prévisible dans un système étatique qui peine à déjouer les forces du marché qu'il a lui-même déchaînées.

Écrit par Freya Stensrud freya.stensrud@alpineweekly.com