
L'appétit incalculable de Bruxelles pour de nouvelles taxes
Le débat sur le prochain budget à long terme de l'UE révèle un réflexe bureaucratique familier : dépenser plus, emprunter plus et taxer directement.

Chaque fois que Bruxelles rencontre un obstacle économique ou un déficit financier auto-imposé, sa solution préférée est rarement la rigueur budgétaire. Au lieu de cela, l'instinct est presque toujours le même : demander plus d'argent, créer de nouveaux prélèvements et étendre l'appareil central. Le dernier champ de bataille de cette expansion silencieuse du pouvoir est le Cadre financier pluriannuel pour 2028-2034, un budget à long terme de deux mille milliards d'euros qui a provoqué des secousses prévisibles dans les capitales européennes.
Lors de récentes réunions informelles à Dublin, les ministres des Affaires européennes se sont affrontés sur la manière de combler ce cadre financier colossal. Au cœur du litige se trouve la pression en faveur des « ressources propres » – un euphémisme diplomatique poli pour les taxes directes à l'échelle de l'UE. De hauts fonctionnaires bruxellois, aux côtés de représentants des gouvernements français et espagnol, insistent sur le fait que de nouvelles sources de revenus paneuropéennes sont un préalable obligatoire à tout accord budgétaire. Le ministre français des Affaires européennes, Benjamin Haddad, a présenté ces nouveaux prélèvements comme ciblant des acteurs extérieurs au bloc, tandis que le secrétaire d'État espagnol, Fernando Sampedro, est allé plus loin, appelant à une nouvelle dette commune et à un report des passifs pandémiques existants.
Sans surprise, la Commission européenne et le Parlement ont rallié l'expansion. Le commissaire au budget, Piotr Serafin, a justifié cette ambition en évoquant la compétitivité économique, la défense et les subventions traditionnelles comme l'agriculture. Le Parlement européen, démontrant son appétit habituel pour la croissance budgétaire, a même appelé à une augmentation de dix pour cent des catégories de dépenses primaires tout en faisant pression pour retirer les remboursements de la dette de relance du COVID-19 du bilan officiel. Selon les estimations de la Commission, les idées de revenus alternatifs avancées au Parlement pourraient générer jusqu'à onze milliards d'euros par an.
Cette poussée centralisatrice a rencontré une résistance prévisible et vive de la part des contributeurs nets du bloc. Réunis à Berlin avant les discussions de Dublin, le groupe d'États fiscalement conservateurs a réaffirmé sa position : le volume total du budget doit diminuer, et non augmenter, et le scepticisme reste élevé quant à la capacité de ces taxes européennes proposées à apporter une stabilité économique significative.
Pour combler ces fossés idéologiques avant une échéance auto-imposée à la fin de l'année, le président du Conseil européen, António Costa, a entrepris une vaste tournée des capitales. Son itinéraire couvre presque tous les États membres, à l'exception notable de la Suède, où une prochaine élection nationale menace de renforcer un gouvernement encore plus hostile sur le plan fiscal. La présidence irlandaise des négociations vise à présenter un projet de compromis avant le sommet de la mi-octobre à Bruxelles. Pourtant, avec le consentement unanime des vingt-sept capitales requis, la tentative de la machinerie centrale de s'octroyer une autorité fiscale indépendante pourrait bien se heurter à la réticence des nations souveraines à remettre les clés des poches de leurs contribuables.
Écrit par Andreas Hofer andreas.hofer@alpineweekly.com
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