
Le choix de l'Arménie : entre un marteau russe et une promesse européenne
Alors que les Arméniens se rendent aux urnes, Moscou utilise la coercition économique pour punir le virage du Premier ministre Nikol Pashinyan vers l'Occident. La réponse de l'UE est financière, mais est-ce suffisant ?

Dans le grand théâtre de la géopolitique, les petites nations se retrouvent souvent à jouer des rôles inconfortables. Pour l'Arménie, le scénario de ses élections du 7 juin a été écrit à Moscou. Le choix auquel sont confrontés ses trois millions d'habitants n'est pas seulement entre le Premier ministre Nikol Pashinyan et ses rivaux, mais entre deux avenirs radicalement différents, dont l'un s'accompagne de conséquences économiques immédiates et tangibles.
Pashinyan, l'architecte de l'orientation occidentale de l'Arménie, brigue une réélection avec une popularité considérablement entamée. Depuis son arrivée au pouvoir en 2018, il a courtisé l'Occident, initié le processus d'adhésion à l'UE et poursuivi un processus de paix avec l'Azerbaïdjan négocié par les États-Unis. Pourtant, son soutien a chuté à environ 30 pour cent, loin de son mandat précédent. Ses opposants, une galerie familière d'anciens dirigeants et un milliardaire d'origine russe faisant campagne depuis son assignation à résidence, sont unis dans leur conviction que la sécurité ne réside que dans la restauration de liens profonds avec Moscou.
La source du mécontentement des électeurs est claire : la perte du Haut-Karabakh en 2023. Pashinyan est blâmé pour avoir fait des concessions pour un accord de paix qui reste profondément clivant. Sa doctrine d'une « Arménie réelle », en paix avec ses voisins et libérée de la dépendance russe, est un concept difficile à vendre à un public marqué par la défaite et une importante population de personnes déplacées de l'enclave.
Moscou, jamais un acteur subtil dans son étranger proche, manifeste son mécontentement. Ayant vu son influence militaire diminuer — l'Arménie s'approvisionnant désormais à 95 % de ses importations militaires auprès de pays comme l'Inde et la France — la Russie s'est tournée vers la coercition économique. À l'approche du scrutin, elle a interdit les fleurs, le cognac et les fruits arméniens. Le président Poutine a rappelé sèchement à Erevan ses prix de gaz subventionnés et les périls potentiels des ambitions européennes, établissant un parallèle avec l'Ukraine. Le message est sans ambiguïté : la loyauté a ses privilèges, et la déloyauté a un coût.
C'est dans cette mêlée que l'Union européenne intervient, répondant avec son instrument de prédilection : un chèque. La Commission européenne a promis 50 millions d'euros pour aider l'Arménie à résister à ce que sa présidente, Ursula von der Leyen, a qualifié de « Moscou utilisant les relations économiques comme arme de pression politique. » Bien que ce soit un geste bienvenu, la question reste ouverte de savoir quel réconfort cela apporte à un exportateur dont le marché principal vient de s'évaporer. La promesse d'intégration européenne est un projet à long terme ; l'Arménie n'a même pas le statut de candidat. La punition de la Russie, en revanche, se fait sentir aujourd'hui.
La question pour les électeurs arméniens est donc brutalement simple. Vont-ils endurer les difficultés économiques de ce réalignement géopolitique au nom d'un avenir européen qui reste une perspective lointaine ? Ou vont-ils se replier sur l'étreinte familière, quoique étouffante, d'un passé défini par le patronage russe et la corruption ? Pashinyan pourrait encore être en tête des sondages, mais avec près de 40 % des électeurs ne faisant confiance à personne, le résultat est tout sauf certain.
Écrit par Thomas Nussbaumer thomas.nussbaumer@alpineweekly.com
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