
L'énergie alpine et les contrats « anti-moustiques »
Un périple cycliste de deux jours à travers les réservoirs suisses révèle un empire bâti sur l'ingénierie hydraulique et des accords locaux hyper-spécifiques.

Il fallait s'y attendre, les Suisses transforment une balade à vélo du week-end en une discrète visite de la fierté industrielle et des contrats municipaux hyper-spécifiques. Lorsque le reporter extérieur de la SRF, Marcel Hähni, a entrepris un voyage de deux jours le long de quatre réservoirs distincts, il ne faisait pas que pédaler à travers des paysages de montagne. Il traversait l'épine dorsale fortement capitalisée du système énergétique du pays.
La Suisse gère actuellement plus de 220 barrages sous la supervision de l'Office fédéral de l'énergie et des autorités cantonales. L'itinéraire commence discrètement au Teufenbachweiher au-dessus de la Sihl, un modeste étang forestier qui produit silencieusement de l'électricité depuis plus de 130 ans. Pourtant, toute illusion initiale de nature intacte cède rapidement la place aux réalités de l'ingénierie alpine lourde.
Plus loin, dans la haute vallée d'Einsiedeln, se trouve le Sihlsee. Inondé en 1937 au détriment de plusieurs hameaux et terres agricoles, il est le plus grand réservoir de Suisse par sa superficie. Il fonctionne également selon un arrangement financier typiquement suisse. Si le niveau de l'eau descend en dessous de 887,34 mètres au-dessus du niveau de la mer, l'exploitant, les Chemins de fer fédéraux suisses, est contractuellement obligé de verser une pénalité au district d'Einsiedeln, connue sous le nom d'argent moustique. Cette redevance est destinée à empêcher les rives exposées de se transformer en zones de reproduction d'insectes – un ajustement administratif qui ne pourrait survivre que dans une nation riche et obsessionnellement organisée.
La visite se poursuit vers le Wägitalersee, site du premier barrage-poids au monde à dépasser les 100 mètres de hauteur, renforcé par un parement de granit en 1931. L'itinéraire se termine finalement dans le Calfeisental isolé, au Gigerwaldsee, où un barrage-voûte de 147 mètres retient l'eau contre des parois rocheuses abruptes près de l'historique établissement walser de St. Martin.
Ces installations massives sont confrontées à des contraintes environnementales modernes. Des périodes de sécheresse prolongées diminuent régulièrement les apports, réduisant la production d'énergie et exerçant une pression sur les écosystèmes locaux. Pourtant, comme le souligne le voyage, la réponse suisse aux limites de la nature reste cohérente : une combinaison constante de béton, de capitaux et de pragmatisme contractuel localisé.
Écrit par Freya Stensrud freya.stensrud@alpineweekly.com
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