
Une taxe meurt, une taxe naît : le réflexe résidences secondaires des Grisons
Alors que la Suisse s'apprête à abolir la valeur locative fiscale, le canton de montagne met en place une nouvelle taxe pour protéger ses revenus.

Lorsque l'État suisse renonce à une source de revenus, il le fait rarement sans chercher un remplacement adéquat. L'abolition nationale de la valeur locative fiscale, prévue pour début 2029, visait à apaiser une vieille revendication des propriétaires immobiliers. Pourtant, dans les vallées touristiques des Grisons, les planificateurs cantonaux sont déjà en train d'élaborer une contre-mesure fiscale pour maintenir les caisses publiques intactes.
L'arithmétique derrière cette initiative est claire. L'élimination de la valeur locative fiscale devrait priver les caisses cantonales de plus de 40 millions de francs suisses par an. Les municipalités des Grisons et les églises locales sont confrontées à une perte cumulée de plus de 30 millions de francs. Plutôt que de réduire les dépenses, le gouvernement cantonal a ouvert un projet de consultation pour une toute nouvelle taxe ciblant spécifiquement les résidences secondaires.
Calculée par Toni Hess, chef des services juridiques de l'administration fiscale cantonale, la proposition énonce des taux d'imposition suggérés pour les 101 communes. Le principe sous-jacent est simple : plus la proportion de résidences de vacances est élevée, plus le prélèvement requis sur la valeur fiscale de la fortune immobilière est important. Davos verrait un taux de 1,6 pour mille pour compenser ses pertes, tandis qu'Arosa et St. Moritz sont prévues à 1,3 pour mille. À Silvaplana, un taux de 1,0 pour mille suffirait. Pendant ce temps, le petit village de Rongellen, dans la région de Viamala, peut se passer de cet exercice, car il ne contient aucune résidence secondaire.
Selon les règles cantonales, l'autonomie locale reste intacte. Les municipalités ne sont pas obligées d'instaurer la taxe si leurs budgets locaux ne l'exigent pas. Cependant, les dirigeants locaux des hauts lieux touristiques calculent déjà leur exposition. À Silvaplana, où environ 80 % des résidences sont des résidences secondaires, le maire Daniel Bosshard fait face à un déficit potentiel d'un million de francs en 2029. Silvaplana avait auparavant tenté d'imposer une surtaxe aux propriétaires non-résidents – une mesure confirmée par le Tribunal fédéral mais finalement rejetée lors de l'assemblée communale. Craignant une nouvelle défaite politique, Bosshard milite pour un consensus quasi-cartellaire entre les onze municipalités de Haute-Engadine afin d'appliquer des taux identiques, rendant la nouvelle taxe plus facile à défendre face aux propriétaires non-résidents.
De leur côté, les propriétaires de résidences secondaires réclament plus de flexibilité. Rolf Paltzer, membre du comité du groupe d'intérêt IG Zweitwohnungsbesitzer à Klosters, critique la conception rigide du seuil proposé. Actuellement, le projet pénalise les propriétés majoritairement utilisées par leurs propriétaires tout en accordant une exemption totale à celles louées au moins la moitié de l'année. Paltzer soutient qu'un barème fiscal échelonné basé sur le nombre réel de jours de location serait bien plus équitable qu'une coupure tout ou rien.
La période de consultation publique s'étend jusqu'à la fin novembre. Si la proposition passe l'examen cantonal, les électeurs des Grisons auront le dernier mot sur le lancement de la taxe de remplacement en parallèle avec les réformes fédérales de 2029.
Écrit par Thomas Nussbaumer thomas.nussbaumer@alpineweekly.com
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