
Les taux de condamnation en Suisse augmentent – mais l'immigration n'est pas l'explication simple que vous croyez
Les non-citoyens sont surreprésentés dans les statistiques de la criminalité. Mais la vraie histoire est plus profonde, et n'a rien à voir avec les permis de travail.

La Suisse a un problème de criminalité. Ou peut-être pas. Selon la statistique que l'on extrait des dernières publications du gouvernement fédéral, le tableau est confus, contradictoire et – si l'on creuse un peu – véritablement surprenant.
Les Statistiques policières de la criminalité (SPC) ont montré une augmentation des crimes violents graves depuis plusieurs années. L'année dernière, pour la première fois depuis la pandémie, la criminalité enregistrée a en fait diminué. Cela serait normalement une raison d'optimisme prudent. Mais les données restent inégales, et une tendance semble ininterrompue : les personnes sans passeport suisse sont condamnées à un taux disproportionnellement élevé.
Voici maintenant un deuxième ensemble de données. Lundi, le gouvernement fédéral a publié ses statistiques de condamnations. Contrairement aux SPC, qui enregistrent tous les crimes portés à l'attention de la police, cette nouvelle publication n'inclut que les délits avérés qui peuvent être attribués à un auteur spécifique. Les données de la police réagissent plus rapidement aux tendances, mais les statistiques de condamnations offrent des informations plus précises sur l'identité réelle des délinquants. Les experts affirment qu'il faut les deux pour obtenir une image fiable.
Et les statistiques de condamnations confirment la conclusion fondamentale : les citoyens suisses sont significativement moins susceptibles d'être condamnés. La proportion de condamnations prononcées à l'encontre de personnes sans passeport suisse est disproportionnellement élevée – et en augmentation.
Une objection courante est que ces chiffres incluent des délits en vertu de la Loi sur les étrangers que les citoyens suisses ne peuvent pas commettre, comme la résidence illégale. Supprimez-les, dit l'argument, et l'écart pourrait se réduire. Mais même après avoir retiré cette catégorie, la conclusion générale ne change pas.
Sur 95 424 condamnations, 52 243 – soit 54,7 % – concernaient des personnes sans passeport suisse. Cette proportion est deux fois plus élevée que la part de la population résidente étrangère de 27 %. Si l'on ne considère que le droit pénal fondamental et que l'on exclut les infractions routières, cette proportion passe à 63,4 %. Il y a dix ans, ce chiffre était de 58 %.
Alors, l'immigration doit être le principal facteur, n'est-ce pas ? Pas si vite.
Entre 2015 et 2025, le nombre de condamnations en droit pénal fondamental contre des détenteurs de passeports suisses a légèrement diminué, passant de 15 403 à 14 070. Pendant ce temps, la population résidente étrangère a augmenté d'un peu plus de 20 %. Mais le nombre de condamnations de non-citoyens n'a augmenté que de six pour cent au cours de la même période. C'est une augmentation beaucoup plus faible que ce que la croissance démographique suggérerait.
Alors pourquoi les personnes sans passeport suisse sont-elles blâmées pour l'augmentation de la criminalité ? La réponse ne devient claire que lorsque l'on examine ce groupe de plus près.
L'augmentation la plus marquée se trouve parmi les personnes sans permis de séjour ou d'établissement – en d'autres termes, celles qui n'ont pas de statut légal régulier à long terme en Suisse. Entre 2015 et 2025, les condamnations dans ce groupe ont bondi de près de 35 %, passant de 10 729 à 14 476. Cette catégorie inclut les demandeurs d'asile, les personnes admises provisoirement, les personnes avec un statut de protection S, les frontaliers et les soi-disant « touristes criminels ». Elle n'inclut pas les réfugiés reconnus qui détiennent un permis de séjour.
Le nombre de personnes sans statut régulier à long terme est également en augmentation, mais à partir d'une base beaucoup plus faible. Ces chiffres sont aussi plus difficiles à saisir statistiquement.
Remontons plus loin, à 2007, et le tableau devient encore plus clair. Le taux de condamnation pour les citoyens suisses est resté pratiquement stable depuis lors. Pour les étrangers avec un permis de séjour ou d'établissement, il a augmenté de 50 %. Mais la population de ce groupe a crû de plus de 55 %. L'immigration sur le marché du travail, en d'autres termes, a un effet stabilisateur en matière de criminalité.
Le véritable cas aberrant ? Les condamnations de personnes sans résidence régulière à long terme en Suisse ont plus que triplé depuis 2007.
Ce que les chiffres ne montrent pas directement, c'est si les personnes condamnées étaient principalement des touristes criminels ou des personnes issues du système d'asile. L'expérience des forces de l'ordre suggère que les deux se produisent. Et il y a eu des mouvements de vague. Les condamnations de ressortissants étrangers sans résidence fixe ont déjà atteint un niveau proche de celui d'aujourd'hui au début des années 2010, en raison de l'augmentation des migrations du Printemps arabe et de la guerre en Syrie, ainsi que des gangs de cambrioleurs actifs. Après 2013, la criminalité des personnes sans statut de résidence a diminué pendant plusieurs années – en partie grâce à une meilleure coopération policière internationale et à un aplatissement temporaire des chiffres de l'asile.
Alors, la prochaine fois que quelqu'un blâme l'immigration pour l'augmentation de la criminalité, les données suggèrent de poser une question complémentaire : quelle immigration ? La personne avec un permis de travail et un contrat de location ? Ou celle qui n'a ni l'un ni l'autre ? Les statistiques sont claires. La conversation l'est rarement.
Écrit par Thomas Nussbaumer
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