Bruxelles veut accélérer les projets polluants, les critiques estiment que c'est une très mauvaise idée

Un nouveau rapport accuse la Commission européenne d'utiliser la crise énergétique comme prétexte pour accélérer les infrastructures de combustibles fossiles et affaiblir la surveillance environnementale.

La Commission européenne a un problème. Elle veut construire des choses rapidement. Ces choses, cependant, incluent des projets que les écologistes jugent activement nuisibles. Et selon un nouveau rapport, Bruxelles est en train de réécrire discrètement les règles pour s'assurer que les travaux d'excavation et de forage rencontrent le moins de résistance possible.

Le rapport, publié mardi par le Corporate Europe Observatory (CEO), affirme que la Commission affaiblit les règles environnementales pour accélérer des projets industriels et énergétiques controversés à travers l'Europe. La justification officielle est les perturbations énergétiques mondiales. L'interprétation de l'organisme de surveillance est bien moins charitable : Bruxelles utilise la crise pour le bénéfice des entreprises de combustibles fossiles, des sociétés minières, des développeurs d'hydrogène et des grandes entreprises technologiques.

Le timing est délicat. La veille de la publication du rapport, l'exécutif de l'UE a annoncé une augmentation de près de 4 milliards d'euros des quotas d'émission gratuits pour les industries à forte intensité énergétique dans le cadre du marché du carbone du bloc. Ce n'est pas vraiment un signal de ligne dure verte.

Selon l'analyse de CEO, la législation européenne proposée accélérerait les processus d'approbation pour les projets qualifiés de « stratégiques » ou d'« intérêt public majeur ». Dans certains cas, cette étiquette pourrait leur permettre de contourner complètement les exigences d'examen environnemental standard et le contrôle public. Pascoe Sabido, chercheur et militant chez CEO, a été cité disant que la crise énergétique actuelle éloigne enfin l'Europe de la dépendance aux combustibles fossiles, mais que le lobbying réussi de l'industrie signifie que les mesures destinées à accélérer les énergies renouvelables sont désormais utilisées pour construire des infrastructures polluantes.

Les militants avertissent que les réformes proposées risquent de saper les protections environnementales et de limiter la capacité des communautés locales à contester des projets susceptibles d'affecter leur santé, leurs terres et leurs moyens de subsistance.

Le rapport souligne des préoccupations spécifiques. Le transport d'hydrogène et les grands centres de données sont mis en évidence pour leur potentiel à saper les normes environnementales et sociales. En Suède, les développements miniers pour les matières premières critiques — jugées cruciales pour la transition énergétique du bloc — menaceraient les communautés indigènes Sámi et les systèmes d'eau locaux. En Irlande, la demande croissante d'électricité des centres de données augmenterait la pression sur le réseau national et contribuerait à la nouvelle production d'énergie fossile. L'expansion rapide des centres de données irlandais augmente également les risques de pannes de courant, selon CEO.

Il y a ensuite l'infrastructure de gaz fossile, y compris les pipelines de transport de dioxyde de carbone. Le rapport soutient que ces projets sont accélérés grâce à des lacunes dans les permis qui pourraient prolonger la dépendance aux combustibles fossiles. Mais il note également un aspect de sécurité : comme les accidents dans le comté de Yazoo, aux États-Unis, l'ont montré, ces pipelines posent des risques majeurs pour la santé. Les fuites peuvent entraîner l'asphyxie, des hospitalisations massives et des impacts sanitaires à long terme. Compte tenu de la densité de population beaucoup plus élevée en Europe, le rapport avertit qu'une rupture de pipeline pourrait même s'avérer fatale.

L'analyse allègue en outre que les demandes de l'industrie ont été intégrées dans plusieurs propositions législatives européennes à venir. Celles-ci incluent l'Omnibus environnemental (qui apporte des modifications aux règles de l'UE sur l'eau), le Paquet Réseaux, et la Loi sur l'accélérateur industriel (qui prévoit une préférence européenne dans les marchés publics). CEO soutient que ces mesures pourraient réduire les évaluations d'impact environnemental, étendre les approbations automatiques de permis et restreindre l'accès aux recours juridiques.

Tout le monde ne s'y oppose pas. Le député européen Niels Fuglsang (S&D/Danemark), responsable de la proposition législative du Parlement européen visant à accélérer les procédures d'octroi de permis, a soutenu l'utilisation plus large de l'« intérêt public majeur » pour les projets d'énergie renouvelable et l'utilisation de l'« approbation tacite » pour éviter que les projets ne traînent en longueur en raison de retards administratifs. Il a également soutenu une exemption des règles de l'UE sur l'eau pour les projets de réseau, arguant que les exigences actuelles sont très chronophages avec un impact environnemental minimal. Sur LinkedIn, Fuglsang a récemment écrit que les procédures accélérées d'octroi de permis sont nécessaires pour l'indépendance européenne, une compétitivité accrue et pour accélérer la transition verte.

La Commission a défendu son programme de simplification plus large — largement considéré à Bruxelles comme un processus de déréglementation — comme étant nécessaire pour accélérer la transition énergétique de l'Europe, renforcer la compétitivité industrielle et réduire la dépendance aux combustibles fossiles importés. Les groupes environnementaux rétorquent qu'accélérer les permis pour les infrastructures polluantes risque d'enfermer l'Europe dans une dépendance à long terme aux combustibles fossiles plutôt que de canaliser les investissements vers l'énergie propre, qui fournirait de l'énergie plus rapidement.

Ainsi, le choix, tel que Bruxelles le présente, est entre la rapidité et le contrôle. Les critiques disent que c'est un faux choix. La Commission dit que c'est un choix nécessaire. Et les pipelines, les centres de données et les mines attendent une réponse.