
Le mirage des 210 milliards d'euros : Bruxelles rejoue sa fantaisie de confiscation d'actifs
La Belgique bloque une nouvelle tentative des capitales de l'UE à court d'argent de puiser dans les fonds russes gelés pour couvrir les déficits croissants de l'Ukraine.

Le raccourci financier préféré de l'Union européenne est réapparu à l'ordre du jour à Bruxelles. Face aux factures croissantes et aux signes évidents de lassitude du public, une coalition menée par la Suède, les Pays-Bas, l'Espagne et la Pologne a tenté une fois de plus de débloquer 210 milliards d'euros d'actifs immobilisés de la Banque centrale russe. Pourtant, alors que les ministres des Affaires étrangères se réunissaient de manière informelle en Irlande, la paralysie structurelle familière du bloc s'est réaffirmée.
Au centre du litige se trouve la Belgique, pays qui abrite Euroclear, le dépositaire basé à Bruxelles détenant la grande majorité de ces fonds gelés. Le ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prévot, a rapidement douché l'enthousiasme, notant que l'ardeur de ses collègues était remarquablement faible et que les objections de longue date de son gouvernement n'avaient pas disparu par enchantement. Pour que la Belgique facilite ce qui équivaut à une confiscation pure et simple d'actifs, elle exigerait une mutualisation complète des risques et des garanties financières illimitées que les autres États membres n'ont aucun intérêt à fournir.
Les risques juridiques et systémiques sont loin d'être théoriques. La Banque centrale russe a déjà engagé des poursuites judiciaires contre Euroclear. Saisir unilatéralement des actifs souverains comporte d'énormes risques en capital pour l'ensemble de la zone euro, un pari que la Belgique refuse de soutenir simplement pour épargner aux autres gouvernements européens la douleur politique de lever des fonds via leurs propres budgets nationaux.
La pression pour puiser dans ces fonds découle d'une simple arithmétique. Le programme de prêt de 90 milliards d'euros convenu en décembre était censé maintenir le soutien financier jusqu'en 2027, mais ce calendrier s'est effondré. Kyiv fait désormais face à un trou de 23 milliards d'euros dans son budget de défense pour couvrir les salaires essentiels et les acquisitions. Les responsables ukrainiens ont suggéré d'avancer 45 milliards d'euros prévus pour l'année prochaine, une décision qui laisserait simplement l'UE face à un précipice budgétaire encore plus grand en 2027.
Alors que le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andrii Sybiha, a qualifié la proposition d'actifs de point de départ équitable pour la discussion, les principaux États membres restent hésitants. Le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a fait preuve de prudence, soulignant que toute action exige une base juridique inattaquable qui n'existe pas actuellement.
En coulisses, la Commission européenne reste silencieuse, peu encline à élaborer des propositions formelles sans solides garanties de succès. Alors que les capitales sont déjà engagées dans des batailles acharnées concernant le prochain budget régulier de l'UE, l'appétit de Bruxelles pour le risque financier reste strictement limité lorsque de véritables bilans sont en jeu.
Écrit par Christiane Hofreiter christiane.hofreiter@alpineweekly.com
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