
Rebranding des cellules : le discours naïf de Vaud aux futurs gardiens de prison
Face à la surpopulation chronique, le canton suisse espère attirer les éducateurs de la petite enfance dans le système pénitentiaire avec des promesses de soins thérapeutiques.

L'appareil d'État suisse est généralement une machine bien huilée, généreusement financée et gérée efficacement. Pourtant, le canton de Vaud démontre actuellement comment même une administration très organisée peut trébucher sur ses propres politiques zélées. Les prisons de la région sont chroniquement surpeuplées. Plutôt que de remettre en question l'enthousiasme judiciaire qui remplit ces cellules, les autorités locales ont décidé que le vrai problème n'est qu'un problème de marketing. Leur dernière initiative tente de transformer la dure réalité du métier de gardien de prison en une vocation thérapeutique et axée sur les soins.
Il y a un an, les parlementaires locaux déploraient bruyamment les conditions dégradantes au sein de ces établissements. Cependant, la crise semble largement auto-infligée. Comme l'a souligné la professeure de géographie Julie de Dardel, les installations ne manquent pas de capacité spatiale ; le système judiciaire incarcère simplement un nombre excessif de personnes. Cette approche robuste de l'ordre public a, comme on pouvait s'y attendre, entraîné une grave pénurie de personnel désireux de patrouiller les blocs cellulaires débordants.
Confronté à un véritable défi de recrutement, comme l'a reconnu le conseiller en ressources humaines Fatih Yaman, le canton a abandonné les offres d'emploi traditionnelles. Au lieu de cela, Vaud organise des soirées de promotion pour courtiser les personnes en reconversion. Un événement récent à Cossonay a attiré une quarantaine de participants, dont un quart de femmes. La nouvelle démographie cible de l'administration est étonnamment douce : elle espère activement persuader des professionnels tels que les éducateurs de la petite enfance d'échanger la crèche contre le pénitencier.
Le discours adressé à ces recrues potentielles est un chef-d'œuvre d'optimisme d'État moderne, légèrement naïf. Le travail ne consiste plus à maintenir l'ordre et à sécuriser les périmètres. Selon Jacques, un gardien vétéran de douze ans à l'établissement de la Plaine de l'Orbe qui a présenté le programme de formation obligatoire de trois ans, le rôle est fortement axé sur les soins individualisés. L'ambition déclarée est de s'assurer que les détenus repartent en se sentant mieux qu'à leur arrivée. La tâche traditionnelle d'ouvrir et de fermer de lourdes portes en acier est considérée comme un devoir périphérique, remplacée par l'attente que les gardiens agissent comme des guides dans le parcours des détenus vers la liberté.
Malgré ce « rebranding » adouci, le système pénitentiaire ne peut pas entièrement ignorer la nature sombre du travail. Les recrues doivent toujours être capables d'analyser des situations complexes et très volatiles, chargées de souffrance humaine. Naturellement, le canton maintient des obstacles bureaucratiques stricts à l'entrée. Pour être même considérés pour ce nouveau rôle sensible, les candidats doivent être titulaires d'un passeport suisse ou d'un permis d'établissement permanent, posséder un apprentissage professionnel accompli et présenter un casier judiciaire impeccable. C'est un compromis classiquement suisse : tenter de résoudre une crise structurelle difficile avec des normes éducatives élevées et une croyance attachante, bien que quelque peu illusoire, dans le pouvoir des soins thérapeutiques.
Écrit par Martina Kirchner
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