
L'illusion des dix millions de francs : le référendum futile de Winterthur sur le camping
Les électeurs de la commune suisse décideront du sort d'une installation de loisirs locale, mais les habitants qui ont forcé le scrutin ont déjà perdu.

La démocratie directe est un mécanisme splendide, surtout dans un pays suffisamment riche pour débattre des subtilités des installations de loisirs municipales. La ville de Winterthur s'apprête à demander à ses citoyens s'ils souhaitent dépenser un total de dix millions de francs suisses pour moderniser un camping local et sa route d'accès. C'est une démonstration classique du système étatique suisse à l'œuvre : ordonné, bien financé et légèrement naïf dans son exécution. Pourtant, le prochain scrutin concernant la zone de loisirs de Schützenweiher porte moins sur l'infrastructure que sur une rébellion légalement vouée à l'échec par une poignée de résidents tentant d'arrêter l'inévitable.
Le conseil municipal en a assez des infrastructures délabrées des années 1950 sur le site de Schützenweiher, qui n'ont jamais connu que des réparations superficielles. Leur solution proposée est un réaménagement complet. Sept millions de francs ont été alloués pour transformer ce terrain fatigué en une installation moderne, qui serait ensuite confiée à la gestion du Touring Club Suisse.
Trois millions de francs supplémentaires sont prévus pour une nouvelle route d'accès. Pour une ville suisse prospère, de telles sommes sont monnaie courante pour les équipements publics. Une majorité du parlement local a déjà donné sa bénédiction au projet, anticipant une transition en douceur vers un atout touristique raffiné et géré professionnellement.
Cependant, le plan a rencontré un obstacle démocratique. Une soixantaine d'individus qui ont fait du camping leur résidence permanente ont réalisé qu'un parc modernisé et axé sur le tourisme ne laissait pas de place à leurs caravanes permanentes. Exerçant leurs droits civiques, ces campeurs de longue date se sont mobilisés et ont recueilli plus de six cents signatures, forçant avec succès un référendum public contre la rénovation et la construction de la route.
Leur objectif est entièrement transparent : faire échouer l'investissement de dix millions de francs pour préserver leur arrangement de logement abordable, bien qu'inhabituel. C'est là que réside l'ironie de tout cet exercice démocratique. Le site de Schützenweiher est officiellement désigné comme une zone de loisirs, une classification qui interdit strictement la résidence permanente.
Pendant des années, les autorités municipales ont simplement fermé les yeux, tolérant les campeurs permanents par un sens mal placé de la proportionnalité. Cette clémence administrative a maintenant engendré un faux sentiment de droit. La tragi-comédie du prochain vote est que les campeurs se battent pour un prix qui n'existe pas.
Si l'électorat rejette le projet de rénovation, la réalité juridique des lois de zonage restera inchangée. Un résultat négatif aux urnes arrêtera les bulldozers, mais ne donnera pas aux résidents le droit légal de rester. L'électorat est donc invité à participer à un référendum où les principaux instigateurs ne peuvent en réalité pas gagner ce pour quoi ils se battent.
La ville dépensera soit dix millions de francs pour construire un nouveau camping flambant neuf, soit elle économisera cet argent et sera quand même contrainte d'expulser les résidents permanents illégaux pour faire respecter ses propres règlements de zonage. C'est une situation uniquement suisse : un processus démocratique parfaitement exécuté déployé pour résoudre une situation née de la lâcheté administrative et d'une impossibilité légale.
Écrit par Freya Stensrud freya.stensrud@alpineweekly.com
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