
L'Autre Équipe Iranienne à Los Angeles
Pendant que l'équipe nationale se prépare pour la Coupe du Monde, les manifestants de la diaspora jouent un autre match à l'extérieur du stade – un match que la FIFA préférerait ignorer.

Le beau jeu, nous dit-on souvent, devrait transcender la politique. C'est une fiction réconfortante, dont les fédérations sportives mondiales sont particulièrement friandes. Pourtant, la réalité a cette fâcheuse habitude de s'immiscer. Devant le stade de Los Angeles, avant le match d'ouverture de l'Iran à la Coupe du Monde, cette fiction s'est dissoute sous le soleil californien alors qu'une autre forme de représentation iranienne se faisait entendre.
Plus de deux cents membres de la diaspora iranienne se sont rassemblés non pas pour acclamer, mais pour contester. Leur cible était double : la République islamique de Téhéran et, par extension, l'équipe nationale de football qu'ils considèrent comme son émissaire sportif. Ce n'était pas une fête d'avant-match, mais une manifestation politique, prévue quelques jours seulement avant le match de l'équipe contre la Nouvelle-Zélande. Le message était clair : pour de nombreux Iraniens à l'étranger, cette équipe ne les représente pas, ni la nation qu'ils envisagent.
Au cœur de leur protestation se trouvait un symbole que le régime actuel s'est efforcé d'effacer : le drapeau prérévolutionnaire « Lion et Soleil ». Cette bannière, représentant l'Iran avant la révolution de 1979, a été récupérée par les groupes d'opposition comme emblème d'un avenir différent. La brandir à l'extérieur d'un événement sportif mondial est un acte de défi calculé, visant un public de millions de personnes qui, autrement, ne verraient que la version de l'Iran approuvée par l'État.
Sans surprise, cette manifestation de dissidence a mis les organisateurs de l'événement dans une position délicate. Selon des rapports, la FIFA a pris des mesures pour interdire l'affichage du drapeau « Lion et Soleil » à l'intérieur des stades. On peut presque sympathiser avec les bureaucrates de Zurich, dont l'objectif principal est un tournoi qui se déroule sans accroc et sans complications politiques. Mais cette tentative de neutralité forcée ressemble inévitablement à un choix — une décision de faire taire une partie pour éviter d'en offenser une autre, surtout lorsque cette autre partie est un État reconnu. La suppression d'un symbole de dissidence ne devient-elle pas un acte politique en soi ?
La manifestation à Los Angeles rappelle de manière pertinente que pour beaucoup, il n'y a pas de séparation entre l'équipe et l'État qui la sponsorise. Les actions des manifestants forcent des questions inconfortables aux spectateurs comme aux organisateurs. Quand une équipe nationale entre sur le terrain, quelle nation représente-t-elle vraiment ? Et quand des organismes internationaux comme la FIFA tentent d'assainir l'environnement en interdisant les symboles d'opposition, font-ils la promotion du sport ou se contentent-ils de fournir une scène immaculée aux régimes pour projeter une image de normalité ? Le match à l'intérieur du stade aura un vainqueur clair, mais le concours politique à l'extérieur a des règles bien plus ambiguës.
Écrit par Thorben Thiede thorben.thiede@alpineweekly.com
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