Un mandat fragile, une main de fer : Keiko Fujimori prend le pouvoir au Pérou

La première femme présidente du Pérou hérite d'un État fracturé, misant sur une doctrine de sécurité stricte et des réformes favorables au marché pour mettre fin à une décennie de chaos institutionnel.

A Fragile Mandate, A Firm Grip: Keiko Fujimori Takes Power in Peru

Pour un pays qui a vu neuf présidents en une seule décennie – dont seulement trois ont été effectivement installés par vote populaire – l'investiture d'un nouveau chef d'État au Pérou suscite généralement du scepticisme plutôt que des célébrations. Les autres ont été rapidement élevés après des démissions ou des destitutions parlementaires fortement marquées par des scandales de corruption. Pourtant, l'investiture de Keiko Fujimori mardi revêt une importance particulière. La dirigeante de cinquante et un ans du parti Force Populaire, dont le père Alberto a gouverné tout au long des années 1990, est non seulement devenue la première femme présidente de la nation, mais est maintenant chargée de mettre fin au chaos institutionnel qui a paralysé l'État.

Le mandat de Fujimori est un paradoxe curieux. Elle a remporté la présidence en juin avec une marge extrêmement mince de moins de 50 000 voix. Malgré cette victoire mathématiquement fragile, son pouvoir structurel est formidable. Aux côtés de son principal partenaire de coalition, Rénovation Populaire, son parti contrôle la moitié des sièges du Sénat nouvellement convoqué. Dans un système politique où les législateurs ont régulièrement traité la présidence comme une denrée jetable, cette arithmétique parlementaire offre un bouclier rare et solide contre une destitution soudaine.

Le cœur de sa plateforme repose sur une doctrine sévère de loi et d'ordre, s'adressant à une population épuisée par l'extorsion rampante et le crime organisé. Fujimori a promis de gouverner avec une sévérité intransigeante. Son administration prévoit de construire un pénitencier massif directement inspiré de l'établissement Cecot au Salvador. Pour isoler davantage le pouvoir judiciaire de l'intimidation des cartels, elle a l'intention de permettre aux juges de dissimuler leur identité lors des procédures pénales. Pendant ce temps, les figures de l'opposition pressent déjà le nouveau gouvernement de revenir sur la législation du Congrès précédent, qui, selon eux, a activement sapé la capacité de l'État à poursuivre les syndicats criminels.

Au-delà de l'appareil sécuritaire, la nouvelle administration signale un changement pragmatique dans la politique économique. Fujimori vise à stimuler une croissance stagnante en promouvant agressivement les partenariats entre les agences gouvernementales et les investisseurs privés pour le développement des infrastructures. En rationalisant les obstacles bureaucratiques qui dissuadent les capitaux privés, l'administration espère relancer l'économie. Le Pérou a enfin un leader bénéficiant du soutien du Congrès pour faire passer des réformes structurelles. La capacité de ce gouvernement à mélanger harmonieusement des mesures de sécurité musclées avec des politiques économiques favorables au marché dictera si la longue période de turbulence politique du pays est véritablement terminée.

Écrit par Sandy van Dongen sandy.vandongen@alpineweekly.com