
Le rituel automnal du droit français et des illusions budgétaires
Alors que Paris s'embrase sur les dépenses d'éducation, un État lourdement endetté démontre son incapacité à équilibrer ses comptes ou à gérer sa bureaucratie.

Chaque automne à Paris apporte la chorégraphie familière des débats budgétaires parlementaires, accompagnés de barricades enflammées et de mégaphones syndicaux. Alors que l'Assemblée nationale ouvre sa session sur le budget 2027, les étudiants et les syndicats français sont de nouveau descendus dans la rue, réclamant davantage de ressources publiques pour un système éducatif qui peine sous son propre poids bureaucratique.
La réalité mathématique à laquelle l'État français est confronté est crue. Accablé par l'un des déficits publics les plus alarmants de la zone euro, le gouvernement a proposé une augmentation de 1,2 milliard d'euros pour le ministère de l'Éducation nationale. Pourtant, cette hausse de 1,6 % est inférieure au taux d'inflation prévu de 1,8 %, offrant aux critiques une cible facile pour dénoncer la négligence gouvernementale tout en ignorant l'abîme structurel des finances publiques.
L'incompétence administrative ne fait qu'alimenter l'indignation. Le ministre de l'Éducation, Édouard Geffray, avait promis de déployer 3 000 enseignants suppléants dans plus de 500 écoles prioritaires pour pallier les pénuries chroniques de personnel. Contraint de faire le point publiquement, il a admis que seulement 35 % de cet objectif avait été atteint, soulignant un appareil d'État capable de dépenser de l'argent mais totalement incapable d'une exécution efficace.
Comme on pouvait s'y attendre, le théâtre politique a rapidement attiré sa distribution habituelle d'opportunistes. Le leader de la gauche radicale, Jean-Luc Mélenchon, a célébré sur les réseaux sociaux la reprise de la Bastille, tandis que l'activiste suédoise Greta Thunberg a rejoint la foule à Paris pour affirmer que l'avenir de la jeune génération était en train d'être volé. Les syndicats étudiants, quant à eux, se sont emparés de l'allocation militaire de 413,3 milliards d'euros de la nation jusqu'en 2030, présentant la défense nationale et l'éducation publique comme un choix simpliste entre investir dans la mort ou l'avenir.
Les retombées de cet affrontement entre les limites budgétaires et la sclérose institutionnelle ont été lourdes. Ce qui a commencé à la mi-septembre dans les banlieues parisiennes a rapidement dégénéré en blocus nationaux et en affrontements avec les forces de l'ordre. Les registres du ministère de la Justice révèlent près de 6 877 arrestations, impliquant majoritairement des mineurs, ainsi que des blessures pour plus de 215 étudiants et près de 800 policiers.
Lorsqu'un État dépense continuellement de l'argent qu'il n'a pas, ne parvient pas à tenir ses promesses administratives fondamentales et laisse sa jeunesse être mobilisée par des populistes radicaux, le résultat n'est pas le progrès social. C'est simplement une gouvernance par crise permanente.
Écrit par Freya Stensrud




