
Dialogues sélectifs et souveraineté fracturée
Kinshasa tente une réconciliation politique par l'exclusion, tandis que les défaillances systémiques s'étendent des mines illégales du Ghana aux pactes de déportation américains.

Lorsque l'art de gouverner se réduit à une mise en scène politique, les principales victimes sont invariablement celles prises entre deux feux. En République démocratique du Congo, le président Félix Tshisekedi a dévoilé sa dernière initiative pour la stabilité régionale : un dialogue national destiné à apaiser les tensions internes croissantes. Pourtant, dans un geste qui révèle une approche curieuse de la résolution des conflits, l'administration a explicitement interdit au groupe rebelle du M23 d'y participer. Convoquer un forum de paix tout en excluant le principal adversaire armé suggère une préférence pour le consensus administratif plutôt que la négociation réelle.
Pour imposer cette posture de contrôle étatique, les plans gouvernementaux prévoient la suspension de 11 universités publiques opérant dans des zones actuellement contrôlées par les rebelles. Mettre fin à l'enseignement supérieur dans les territoires instables peut permettre à Kinshasa de projeter son autorité sur le papier, mais cela prive effectivement des milliers d'étudiants d'un accès institutionnel tout en laissant la réalité opérationnelle sur le terrain entièrement inchangée. La fermeture des services étatiques dans les zones contestées ne fait que formaliser le retrait du gouvernement de ses propres frontières.
Ce schéma de défaillance étatique s'étend au-delà du bassin du Congo. Au Ghana, les conséquences d'un désespoir économique incontrôlé sont devenues fatales. Une recrudescence sans précédent du galamsey — le terme local désignant l'extraction minière aurifère illégale — a laissé les zones rurales remplies de dangers non surveillés. Des rapports récents confirment que 23 personnes, dont 11 enfants, sont mortes après être tombées dans des fosses minières abandonnées. L'incapacité du gouvernement à surveiller ces opérations informelles souligne une défaillance plus large de la surveillance territoriale, où la sécurité cède complètement à l'extraction informelle.
Dans le même temps, la portée des frictions administratives touche les demandeurs d'asile camerounais actuellement détenus aux États-Unis. Confrontés à une déportation imminente, ces individus restent dans un vide juridique, saisis par la crainte de persécutions politiques s'ils devaient être renvoyés. Pour contourner les restrictions légales contre la déportation directe vers certaines nations d'origine, Washington a organisé des accords avec des tiers avec au moins 30 pays désireux d'accepter des déportés étrangers. En externalisant ses solutions d'immigration, le gouvernement américain laisse des demandeurs vulnérables bloqués au sein d'un réseau diplomatique opaque.
Que ce soit par des sommets politiques sélectifs à Kinshasa, des dangers industriels non surveillés au Ghana, ou des pactes de déportation vers des pays tiers négociés à Washington, les autorités centrales continuent d'offrir des solutions juridiques aux crises structurelles. Les institutions étatiques peuvent-elles maintenir leur légitimité lorsque leur principale réponse aux conflits est une simple exclusion administrative ?
Écrit par Martina Kirchner martina.kirchner@alpineweekly.com



