La centralisation comme gage de stabilité

La Guinée-Bissau vote une constitution élaborée par l'armée, conçue pour étendre radicalement l'autorité présidentielle.

Centralization as Stability

Les régimes militaires ont l'habitude de vendre l'autorité centralisée sous le prétexte de l'efficacité administrative. En Guinée-Bissau, le gouvernement de transition dirigé par le général Horta Inta-A Na Man soumet cette proposition aux électeurs lors d'un référendum le 30 août.

La nation ouest-africaine, en proie à des disputes institutionnelles persistantes et à des interventions militaires récurrentes depuis son indépendance du Portugal en 1974, est invitée à abandonner son modèle semi-présidentiel traditionnel. À sa place, la charte proposée crée une présidence exécutive fortement centralisée. Le chef de l'État obtiendrait une autorité étendue sur le gouvernement, y compris la capacité de nommer et de révoquer le Premier ministre, de présider le Conseil des ministres, et de créer ou dissoudre unilatéralement des ministères entiers.

Le moment est aussi calculé que le texte lui-même. Formulé par le Conseil National de Transition suite au coup d'État du 26 novembre 2025 — qui a stoppé un processus électoral un jour seulement avant la date prévue pour les résultats présidentiels — ce projet dictera les règles pour le prochain vote du 6 décembre. Bien que les règles de transition interdisent au général Horta et à son Premier ministre de transition de se présenter, quel que soit le candidat civil victorieux en décembre, il assumera un pouvoir personnel sans précédent.

Au-delà de l'élargissement du privilège exécutif, le projet restructure systématiquement le paysage législatif pour favoriser les acteurs bien financés tout en réduisant la participation générale. Le parlement passera de 102 sièges à 65, et les circonscriptions électorales seront regroupées de 29 à 12. Participer au scrutin présidentiel nécessitera désormais un dépôt non négociable de 50 millions de francs CFA ouest-africains, soit environ 90 000 dollars, ainsi qu'une exigence de résidence permanente de cinq ans et la preuve de 5 000 membres du parti répartis dans toutes les régions.

Les principales forces d'opposition, y compris le Parti Africain pour l'Indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC) historique, ont réagi en appelant à un boycott complet du référendum. Elles soutiennent que les règles fondamentales de la gouvernance ne devraient pas être dictées par un conseil dirigé par des militaires sans un parlement élu. Les partisans rétorquent que priver le parlement de pouvoir est le seul remède à des décennies d'impasse exécutive paralysante. Savoir si la concentration du pouvoir résout la fragilité politique systémique reste l'enjeu central devant l'électorat.

Écrit par Thorben Thiede thorben.thiede@alpineweekly.com