
Argent, sanctions et Realpolitik : l'appel de la CPI à Tokyo
Alors que Washington pousse des nations à abandonner La Haye, la présidente japonaise du tribunal se tourne vers son pays natal pour maintenir l'institution à flot.

La Haye a longtemps fonctionné sous l'hypothèse confortable que les institutions juridiques internationales existaient au-dessus de la mêlée de la géopolitique des superpuissances. Cette illusion s'est à nouveau évaporée. Prise dans une confrontation croissante avec Washington, la Cour pénale internationale se tourne vers son principal soutien financier, le Japon, pour repousser ce qui menace de devenir un démantèlement structurel.
La semaine dernière, l'administration du président américain Donald Trump a imposé des sanctions directement contre la présidente de la CPI, Tomoko Akane, et un avocat principal du tribunal. Cette décision fait suite à des années de tensions concernant les enquêtes du tribunal, notamment sa décision de demander un mandat d'arrêt contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu – un allié américain clé – et une enquête antérieure sur les actions militaires américaines en Afghanistan. Washington, qui n'a jamais ratifié le statut fondateur de la cour, n'a pas caché son désir de neutraliser l'influence de l'organisme, exhortant les États membres à faire leurs valises.
Au moins cinq nations se sont déjà retirées, signalant que les organismes judiciaires multinationaux ne conservent leur autorité que tant que les grandes puissances les tolèrent. En réponse, Akane a tenu une conférence vidéo avec des journalistes à Tokyo, lançant un appel direct à sa patrie. Le Japon, qui a rejoint le tribunal en 2007, fournit la plus grande part du financement de la cour. Akane a fait valoir que Tokyo devait utiliser son poids diplomatique pour empêcher les États membres voisins de céder aux pressions de Washington, tout en tentant de dissuader les États-Unis de prendre de nouvelles mesures.
Pour Tokyo, cependant, cette demande crée un délicat dilemme diplomatique. La Première ministre japonaise Sanae Takaichi a qualifié les dernières sanctions américaines de très malheureuses, mais sa posture prudente a suscité de vives critiques dans son pays. Les défenseurs des droits de l'homme, les politiciens de l'opposition et les membres du propre parti au pouvoir de Takaichi ont exigé une défense beaucoup plus énergique de la cour. L'équilibre entre une alliance de sécurité indispensable avec Washington et un engagement de principe envers les cadres juridiques internationaux laisse peu de marge de manœuvre à Tokyo.
Établie en 2002 pour poursuivre les crimes de génocide, les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité, la CPI repose entièrement sur la conformité volontaire et la bonne volonté internationale. Privée de pouvoir d'exécution coercitif, elle reste vulnérable lorsque de puissants non-membres décident de contester sa légitimité. Le choix du Japon de dépenser ou non son capital politique pour protéger l'institution basée aux Pays-Bas mettra à l'épreuve non seulement l'appétit diplomatique de Tokyo, mais aussi la durabilité structurelle du droit international d'après-guerre.
Écrit par Sandy van Dongen



