
Bruxelles découvre la magie de l'adhésion fantôme
La Commission européenne offre à Ottawa une place à la table tout en exigeant des milliards de Londres pour l'accès à la défense.

Lorsque la Commission européenne est à court de véritables solutions structurelles, elle recourt régulièrement à l'invention de nouvelles catégories administratives. Le dernier concept émanant de Bruxelles est ce qu'on appelle l'adhésion associée, une nouveauté diplomatique offerte par la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, au Canada. Ce que cette construction implique réellement reste un mystère, même pour les diplomates chargés de rédiger la déclaration conjointe pour le prochain sommet de Montréal. Le Premier ministre canadien Mark Carney s'est déjà discrètement orienté vers son appellation préférée, une Alliance pour l'avenir, reconnaissant que la substance importe considérablement plus que le jargon administratif européen.
Ce grand exercice de branding s'accompagne d'une forte dose d'ironie institutionnelle. Alors que Bruxelles offre à Ottawa une place régulière à ses tables ministérielles pour discuter de l'énergie, des minéraux critiques et de l'intelligence artificielle, son propre accord commercial fondamental avec le Canada, l'Accord économique et commercial global de 2016, n'est toujours pas ratifié par dix États membres de l'UE. La machine excelle à promettre un futur alignement stratégique tout en omettant de faire respecter des accords signés il y a dix ans. Néanmoins, le projet de texte prévoit la participation canadienne aux sommets de l'UE et aux premières consultations politiques, reportant toute définition concrète de l'arrangement jusqu'en 2027.
L'absurdité de l'art de gouverner de Bruxelles devient aveuglément évidente lorsqu'on l'observe depuis Londres. Le Premier ministre britannique Andy Burnham, tentant de reconstruire les relations post-Brexit après la démission de Keir Starmer, est contraint de regarder le Canada recevoir des conditions de tapis rouge. La disparité financière de ces arrangements révèle l'instinct punitif de la Commission envers les anciens membres. Pour participer à l'initiative européenne d'approvisionnement en matière de défense connue sous le nom de SAFE, Bruxelles a demandé au Canada une contribution initiale symbolique d'environ dix millions d'euros. Pour la Grande-Bretagne, le prix d'entrée a été fixé à un montant astronomique de six milliards et demi d'euros, n'offrant aucune garantie que les entreprises de défense britanniques remporteraient un seul contrat.
Comme on pouvait s'y attendre, les négociations de défense entre Londres et Bruxelles se sont effondrées sous le poids de cette structure de frais exorbitante. Pourtant, les législateurs européens continuent de proposer des idées recyclées. L'eurodéputé socialiste allemand Bernd Lange a récemment suggéré que la Grande-Bretagne pourrait chercher un arrangement ressemblant au réseau d'accords bilatéraux de la Suisse ou à une union douanière. Il semble entièrement oublié dans les cercles politiques européens que Bruxelles avait explicitement rejeté le modèle suisse pour la Grande-Bretagne lors des négociations initiales du Brexit, affirmant que de telles configurations bilatérales étaient ingérables à superviser.
Pendant ce temps, l'ancien député conservateur Charles Tannock a observé que l'opinion publique britannique évolue lentement vers un retour à l'adhésion alors que l'illusion d'un grand bloc commercial de l'Anglosphère se dissout. Le Premier ministre Burnham insiste sur le fait que la situation actuelle est inacceptable, envisageant des options allant de l'imitation du statut indéfini du Canada à la pression pour une réintégration complète dans le bloc. Mais tant que la machinerie européenne privilégiera la punition bureaucratique sur une alliance économique pragmatique, toute réinitialisation du Royaume-Uni restera piégée dans les sables mouvants réglementaires.
Écrit par Thomas Nussbaumer thomas.nussbaumer@alpineweekly.com



