Course présidentielle au Brésil : le choix tactique du vice-président de Bolsonaro met Lula sur la défensive

En choisissant l'homme qui a enquêté sur le fils du président, Flavio Bolsonaro s'assure que la corruption dominera le scrutin d'octobre.

Brazil's Presidential Race: Bolsonaro's Tactical VP Pick Forces Lula onto the Defensive

La campagne présidentielle brésilienne est entrée dans sa phase abrasive. Le président sortant Luiz Inacio Lula da Silva découvre soudain les vertus de l'isolationnisme nationaliste, tandis que son adversaire, le sénateur Flavio Bolsonaro, s'est assuré un colistier capable de maintenir l'attention sur les affaires financières familiales du président. La sélection du député Alfredo Gaspar pour le ticket du Parti Libéral met fin à des semaines de tractations effrénées. Plus crucial encore, cela signale une stratégie délibérée visant à instrumentaliser la sécurité publique et la corruption institutionnelle avant le scrutin d'octobre.

Gaspar, un ancien secrétaire à la sécurité publique de 55 ans originaire d'Alagoas, n'était pas le premier choix de Bolsonaro. La campagne a initialement courtisé des figures féminines éminentes, dont la sénatrice Tereza Cristina et Daniella Marques, espérant élargir l'attrait du ticket. Lorsque leurs partis de centre-droit respectifs ont refusé de s'engager, préférant préserver leurs chances pour les sièges au Congrès, Bolsonaro a opté pour un atout purement tactique.

Gaspar a récemment dirigé une enquête parlementaire sur l'Institut National de la Sécurité Sociale. Cette agence est au centre d'un prétendu système de fraude aux retraites impliquant actuellement Fabio Luis Lula da Silva, le fils du président. En portant au pinacle l'homme qui a mené cette enquête, le camp Bolsonaro garantit que le scandale des pensions restera un sujet récurrent du cycle d'actualités nocturnes.

Le timing est loin d'être idéal pour le président sortant. Des sondages récents de Quaest indiquent une course qui se resserre. Alors que Lula maintient une avance confortable au premier tour avec 39 % contre 30 % pour Bolsonaro, la marge au second tour simulé a diminué. Lula mène désormais 44 % contre 39 %, un déclin notable par rapport à son avantage de huit points à la mi-juillet. Face à un adversaire désireux de débattre de la corruption intérieure, le président a opté pour une diversion populiste familière : la fabrication d'une crise de politique étrangère.

Lancant sa candidature à la réélection, Lula a présenté le vote à venir comme une défense existentielle de la souveraineté brésilienne contre l'ingérence étrangère. Cette rhétorique est actuellement soutenue par des manœuvres diplomatiques. En juillet, Brasilia a refusé des visas à deux fonctionnaires du Département d'État des États-Unis, les accusant d'ingérence électorale. L'administration Trump a riposté de la même manière, révoquant temporairement le visa de l'ambassadeur brésilien à Washington suite au refus du Brésil d'approuver le candidat ambassadeur américain. Lula souligne avec empressement ces frictions diplomatiques, ainsi que les tarifs américains sur les exportations brésiliennes et le soutien vocal de Washington à son adversaire, comme preuve d'une campagne orchestrée contre son gouvernement.

Acceptant la nomination, Gaspar s'est présenté comme un homme simple du nord-est, guidé par l'honneur. Lula, quant à lui, préfère chercher ses ennemis à l'extérieur. Lors du lancement de sa campagne, le président a officiellement déclaré que des acteurs étrangers s'ingéraient dans les affaires brésiliennes et que de telles ingérences seraient stoppées sous sa surveillance.

C'est un récit commode. Repousser des complots étrangers est sans doute beaucoup plus facile que d'expliquer pourquoi l'appareil de retraite de l'État aurait été pillé par sa famille immédiate. À l'approche d'octobre, les électeurs sont invités à choisir entre un adversaire luttant pour construire une large coalition et un président sortant utilisant le drapeau pour masquer un scandale domestique.

Écrit par Sandy van Dongen sandy.vandongen@alpineweekly.com